Egypte : savoir-faire millénaire, l’exploitation du papyrus se meurt faute de touristes

Dans le delta du Nil, il ne reste plus que 25 fermes à récolter la plante. La crise politique de 2011, puis le Covid-19 ont fait fuir les touristes, acheteurs essentiels des papyrus sérigraphiés.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Dessin sur une feuille de papyrus. (KHALED DESOUKI / AFP)

Durant 4000 ans, de l’antiquité égyptienne, puis gréco-latine, le papyrus a été le support de l’écriture. Dans les années 1970, profitant du développement du tourisme et de l’engouement contemporain pour les antiquités égyptiennes, agriculteurs et artisans du delta du Nil ont su exploiter le filon. Ils ont à la fois relancé la culture de la plante et la technique de confection du papyrus.

Rapidement, les impressions sur papyrus, aux thèmes inspirés de la mythologie et des pharaons, sont devenues les incontournables souvenirs à rapporter d’Egypte.

A Al-Qaramous, village au cœur du delta, la vie s’était organisée autour du papyrus. Ici, le riz est le maître, et l'abondance de l'eau convient parfaitement au papyrus. Ainsi, la plante a fait vivre et travailler la quasi-totalité des habitants du village. Même les enfants étaient mis à contribution pour peler avec les dents l’écorce de la tige du papyrus. La confection de la feuille est finalement rudimentaire, et ne demande pas un appareillage important. Une aubaine pour ces paysans qui n’ont pas eu à investir. L’un de ces fermiers assure à l’AFP avoir gagné jusqu’à 1000 dollars par mois, et d’être tombé aujourd’hui à presque zéro.

Absence de touristes

Au pied des pyramides, dans les boutiques à touristes, l’activité était soutenue jusqu’en 2011, assurant un bon débouché pour le papyrus sérigraphié. Mais La révolte populaire, puis la crise politique qui a suivi, ont fait fuir les visiteurs. En 2016, la fréquentation touristique s’est effondrée, passant de 9,3 millions à 5,4 millions de visiteurs, selon les statistiques officielles.

La crise sanitaire du covid au printemps 2020 a quasiment porté le coup de grâce. Dans le village d’Al-Qaramous, 500 fermes vivaient de la culture du papyrus en 2011. Elles ne sont plus que 25 aujourd’hui à vivoter, et les surfaces dédiées à la plante sont désormais dérisoires.

Abdel Mobdi Moussalam coupe des roseaux de papyrus sur sa terre du village égyptien de al-Qaramous.  (KHALED DESOUKI / AFP)

La production de feuilles suit la même tendance. Quand un atelier familial en produisait 1000 durant la période faste, il n’en fabrique pas plus de 100 aujourd’hui, et le plus souvent cela ne dépasse pas une cinquantaine. Et le village ne compte plus que 6 ateliers de sérigraphie.

Nul ne peut dire ce que sera l’avenir. Si la crise sanitaire dure encore longtemps, elle aura raison des derniers irréductibles qui devront trouver des ressources autres que de cultiver ou transformer le papyrus. Mais si les touristes reviennent à temps, la filière du papyrus peut renaître de ses cendres. 4000 ans avant notre ère, il était déjà là.

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