Coronavirus en Afrique : "Des licenciements à des niveaux jamais atteints" s'annoncent dans le transport aérien

Avec deux millions d'emplois menacés de disparaître, l'industrie du transport aérien en Afrique sera durement frappée par les conséquences de la crise sanitaire qui n'a pas encore dit son dernier mot.

Un membre d\'équipage porte un masque à bord d\'un avion d\'une compagnie égyptienne le 18 juin 2020. La grande majorité des personnels navigants sont en chômage technique.
Un membre d'équipage porte un masque à bord d'un avion d'une compagnie égyptienne le 18 juin 2020. La grande majorité des personnels navigants sont en chômage technique. (MOHAMED ABD EL GHANY / X02738)

Les chiffres sur le montant des pertes fournis par l'Association des compagnies africaines (AFRAA) illustrent bien l'ampleur du désastre. Pas moins de 8 milliards de dollars en trois mois. Soit depuis le mois de mars 2020, quand tous les avions ont été cloués au sol pour cause de coronavirus. Et la pandémie de Covid-19 n'a pas encore dit son dernier mot.

Une vague de licenciements sans précédent

Cheikh Tidiane Camara connaît bien le secteur du transport aérien en Afrique. C'est l'ancien directeur de la défunte compagnie Air Afrique pour l'Europe. Il redoute un tsunami qui va déstabiliser la grande majorité des compagnies aériennes africaines.

Il n'y a plus d'exploitation. Les pilotes, le personnel au sol et le personnel commercial sont de facto en chômage technique. Il est évident que cela se traduira nécessairement par des licenciements à des niveaux jamais atteintsCheikh Tidiane Camara, ancien directeur d'Air Afrique pour l'Europeà RFI

Certaines compagnies, observe-t-il, ont d'ores et déjà déposé le bilan. C'est le cas de la South African Airways, la compagnie sud-africaine en pleine restructuration. Cheikh Tidiane Camara redoute que les dépôts de bilan s'accumulent dans les mois qui viennent. A moins que les pouvoirs publics n'interviennent pour sauver les compagnies aériennes du naufrage.

"Si les demandes des compagnies auprès des institutions financières, qu'elles soient nationales, régionales ou internationales, n'aboutissent pas, il est évident que les compagnies ne pourront pas se pérenniser", confie-t-il à RFI.

"Des salariés devenus variables d'ajustement"

Comme partout dans le monde, les pays africains se sont barricadés en fermant complètement leurs frontières terrestres, aériennes et maritimes pour stopper la propagation de la pandémie. Aujourd'hui, c'est 95% du trafic aérien qui sont aux arrêts. Seuls quelques avions cargos et humanitaires sont autorisés à voler. Jamais l'industrie du transport aérien sur le continent africain n'avait été aussi menacée. Le secteur représente, non seulement deux millions d'emplois, mais il contribue aussi, à hauteur de 56 milliards de dollars, à la prospérité des économies africaines.

Le plus difficile, c'est la montée spectaculaire des licenciements. En fait, il semble bien que le personnel devienne la variable d'ajustement la plus pratique pour les sociétésJean-Louis Baroux, expert du transport aériensur le site de La Quotidienne

Si les grandes compagnies occidentales peuvent compter sur d'importantes aides financières des Etats pour faire redécoller leurs avions, il n'en est pas de même pour les transporteurs africains dont les Etats ne disposent pas des moyens nécessaires à débloquer pour éviter les dépôts de bilan. "Même des pays qui semblaient prospérer, comme l'Algérie, ne disposeront pas forcément des ressources nécessaires, compte tenu de l'effondrement des cours du pétrole", observe Jean-Louis Baroux.

Une chose est certaine, il est évident que cette crise sanitaire va nécessairement générer une recomposition de l'espace aérien africain. Il faudra bien s'adapter à la nouvelle donne ou disparaître, dans un domaine où la concurrence est devenue la règle.