Afrique du Sud : des tonnes d’oranges bloquées dans les ports européens pour raisons sanitaires

Un conflit commercial oppose l'Afrique du Sud et l'Union européenne au sujet d’un parasite qui affecte les agrumes sud-africains.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Des employées sud-africaines vérifient les agrumes destinées à l'exportation à Hoedspruit, le 7 juin 2017. (MUJAHID SAFODIEN / AFP)

Des tonnes d'oranges sud-africaines ne peuvent pas accéder au marché européen. Elles sont bloquées dans les ports depuis trois semaines et risquent la destruction alors que l'Afrique du Sud et l'Union européenne (UE) s'affrontent sur l’application de nouvelles mesures sanitaires.

L'Afrique du Sud, deuxième exportateur mondial d'agrumes frais après l'Espagne, a déposé plainte auprès de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) quand l'UE a introduit ces règles phytosanitaires qui, selon les producteurs sud-africains, menacent leur survie. Edictées au plus fort de la saison des oranges, elles ont pris de court les producteurs.

Les nouvelles mesures sont entrées en vigueur le 14 juillet 2022 alors que des navires transportant des centaines de conteneurs, remplis de fruits sud-africains à destination de l'Europe, étaient déjà en mer. Ce qui a entraîné leur blocage à l'arrivée, selon l'Association sud-africaine des producteurs d'agrumes (CGA).

Des mesures jugées "excessives"

Quelque 3,2 millions de cartons d'agrumes d'une valeur d'environ 35 millions d'euros sont partis avec des papiers qui n'étaient plus valides à l'arrivée. Le gouvernement sud-africain s'est empressé d'émettre de nouveaux documents pour les expéditions répondant aux nouveaux critères, mais des centaines de conteneurs ont dû être détruits, selon Justin Chadwick, le PDG de l'Association sud-africaine des producteurs d'agrumes. 

Les règles de l'UE visent à lutter contre la propagation potentielle du parasite Haumatotibia leucotreta (ou faux carpocapse), un papillon africain qui a un faible pour les oranges et les pamplemousses.

Bruxelles exige le traitement par un froid extrême de toutes les oranges destinées aux tables européennes et un maintien à des températures inférieures ou égales à deux degrés Celsius pendant 25 jours. Ce qui, selon les producteurs sud-africains, n'est pas nécessaire, le pays disposant déjà de moyens plus ciblés pour prévenir l'infestation.

"Le système déjà en place chez nous implique un traitement par le froid, mais ciblé sur le risque, alors que la mesure de l'UE est une mesure générale qui concerne toutes les oranges"

Justin Chadwick, PDG de l'Association sud-africaine des producteurs d'agrumes

AFP

L'objectif des critères phytosanitaires est de protéger l'UE "de l'impact significatif potentiel sur l'agriculture et l'environnement, si ce parasite s'établissait" en Europe, selon un porte-parole de la Commission européenne.

Dans sa plainte auprès de l'OMC, l'Afrique du Sud fait valoir que les exigences européennes ne sont "pas fondées sur des données scientifiques", qu'elles sont "discriminatoires" et "excessives"

Une filière "sous pression"

En outre, ces nouvelles normes feraient peser un stress supplémentaire sur une filière déjà éprouvée, selon les autorités sud-africaines. "Notre filière est sous pression. Pour nous, c'est l'année de la survie", explique Justin Chadwick.

"Cela va rajouter des coûts. Et en ce moment, c'est ce qu'aucun producteur au monde ne peut se permettre", insiste Hannes de Waal qui dirige l'exploitation quasi centenaire Sundays River Citrus, dans le sud-est du pays. L'exploitant sud-africain  à la tête d'une entreprise qui possède des orangers, des clémentiniers et des citronniers sur plus de 7000 hectares − a déjà vu ses revenus grignoter par la hausse des coûts de transport depuis la pandémie. A cela s'ajoute, l'augmentation des prix des engrais, en raison de la guerre en Ukraine.

L'Europe est le plus grand marché pour les agrumes sud-africains. Le secteur emploie plus de 120 000 personnes en Afrique du sud, un pays où plus d'une personne sur trois est sans emploi. 

Le PDG de l'Association sud-africaine des producteurs d'agrumes espère que le "bon sens" prévaudra et qu'une solution rapide pourra être trouvée. Les parties ont 60 jours pour négocier une solution. A défaut, le plaignant peut demander l'arbitrage d'un panel. L'UE s'est dite confiante sur la "compatibilité de ses mesures avec les règles de l'OMC".

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