Sénégal : la police disperse des milliers d'opposants

Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées à Dakar pour contester la candidature du chef de l'Etat Abdoulaye Wade à la présidentielle de février.

Une patrouille de police sur la place de l\'Obélisque, point de ralliement des manifestants à Dakar (Sénégal), le 28 janvier 2012.
Une patrouille de police sur la place de l'Obélisque, point de ralliement des manifestants à Dakar (Sénégal), le 28 janvier 2012. (SEYLLOU / AFP)

Ils étaient plusieurs milliers d'opposants rassemblés, mardi 31 janvier après-midi à Dakar, la capitale du Sénégal, pour contester la candidature du chef de l'Etat Abdoulaye Wade à la présidentielle de février. La police anti-émeutes les a dispersés à coups de gaz lacrymogènes.

Peu avant cette intervention, les esprits de jeunes s'étaient échauffés et ils semblaient vouloir en découdre avec les forces de l'ordre, faisant craindre de nouveaux dérapages après des violences qui ont déjà fait trois morts en trois jours.

Ce rassemblement de l'opposition et de la société civile, regroupées au sein du Mouvement du 23 juin (M23), a été autorisé à la dernière minute par les autorités, celles-ci affirmant que ses organisateurs n'avaient déposé que tardivement la déclaration de manifestation exigée par la loi.

"Wade dégage"

Le M23 avait appelé à cette manifestation pour exiger le retrait de la candidature d'Abdoulaye Wade, 85 ans dont 12 au pouvoir, candidature dont la validité a été confirmée dimanche par le Conseil constitutionnel.

Les opposants réunis sur la Place de l'Obélisque, grande esplanade de Dakar, portaient diverses banderoles sur lesquelles on pouvait lire: "La constitution n'est pas un brouillon", "Wade dégage", ou encore, en référence aux cinq "sages" du Conseil constitutionnel: "Cinq singes + un babouin = un pays en feu".

Ni estrade, ni musique pour ce rassemblement : "aujourd'hui ce n'est pas la fête, c'est le combat," a affirmé un des manifestants. Plusieurs leaders du M23, dont Macky Sall et Moustapha Niasse, ex-Premier ministres du président Wade devenus opposants et candidats à la présidentielle, étaient présents.

Un "coup d'Etat constitutionnel"

Pour le M23, la candidature de Wade est un "coup d'Etat constitutionnel", arguant qu'il a épuisé ses deux mandats légaux (élection en 2000, réélection en 2007), ce que récusent ses partisans selon qui il est en droit de se représenter après des modifications de la Constitution.

Cette formule de "coup d'Etat constitutionnel" a également été utilisée mardi par le célèbre chanteur Youssou Ndour dont la candidature a été rejetée par le Conseil constitionnel : il a appelé "à manifester dans la paix" contre ce "coup d'Etat" et réclamé la démission du Conseil. "Il y aura des initiatives qui vont bloquer le pays" (...) "Nous avons une stratégie autour du refus du coup d'Etat civil qu'on ne voit pas, mais qu'on vit".

Condamnation des Occidentaux

La candidature du chef de l'Etat n'est pas seulement contestée par ses opposants, les Etats-Unis l'ayant invité à "laisser la place à la prochaine génération". L'Union européenne a "condamné dans les termes les plus forts tous les actes de violence" et appelé "toutes les parties à faire preuve de retenue et à opter pour le dialogue, dans l'intérêt de la tenue d'élections pacifiques, libres et équitables".