"The Woman King" : comment les actrices ont appris le fon, la langue des "Agodjiés" du Bénin

Cornélia Glele est l'une des deux consultantes en fon qui a participé à la production américaine. Entretien.

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France Télévisions
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Photo du film "The Woman King" de Gina prince-Bythewood, un film épique sur le régiment de femmes guerrières qui ont combattu au XIXe siècle pour le royaume du Dahomey, l'actuel Bénin. (SONY PICTURES)

Cornélia Glele est une cinéaste béninoise qui a lancé en 2019 le Festival international des films (FIFF) de Cotonou. Il promeut les productions réalisées par les femmes africaines. Récemment, la jeune femme a travaillé sur le film The Woman King de Gina Prince-Bythewood. Sa missionaider le casting −, porté par Viola Davis, Thuso Mbedu, Lashana Lynch et Sheila Atim−, à maîtriser le fon, l'une des principales langues du Bénin et celle des Amazones (originaires du sud du pays). Le long métrage, qui évoque leurs exploits guerriers, est un pur divertissement hollywoodien tout en étant un produit culturel symboliquement juste même si, comme toute fiction, The Woman King prend quelques libertés avec l'histoire. 

Franceinfo Afrique : Vous êtes au générique du film The Woman King en tant que consultante en fon. En quoi a consisté votre travail ?
Cornélia Glele : Avec Carole Lokossou qui est une actrice béninoise, notre rôle a été d’apprendre le fon aux différents actrices et acteurs (une douzaine) du film qui a été tourné pendant la pandémie. Nous faisions tout le temps des réunions Zoom, en raison d’une heure chaque jour pour chaque acteur. On revenait avec chacun sur ses dialogues en fon. Nous travaillions également avec l’équipe en charge de la musique pour faire, par exemple, des traductions vers le fon ou vérifier que les enregistrements réalisés sonnent bien dans langue fon.

Apprend-t-on facilement le fon ? 
Le fon n’est pas une langue facile à assimiler mais on avait de bons élèves. C’est une expérience très amusante de l'enseigner. Nous avons vécu énormément de choses sur ce projet. 


Au Bénin, The Woman King n'a pas échappé à la polémique de l'appropriation culturelle. La problématique étant de savoir qui raconte les histoires des Africains et si ces derniers seront capables de le faire eux-mêmes un jour,  notamment au cinéma. Qu'en pensez-vous ? 

Je ne sais pas si c’est une histoire qui appartient à l’Afrique ou aux Béninois de façon spécifique. J’estime que c’est aussi leur histoire, que c’est l’histoire de l’humanité... La traite négrière s’est déroulée sur toute la côte du continent : des personnes ont été déportées du Bénin et se sont retrouvées en Amérique. Est-ce moins l’histoire d’une Afro-Americaine que d’une Béninoise qui est restée au Benin ? Je ne crois pas. C’est notre histoire à tous et chacun décide de la raconter comme il le sent. Au Bénin, nous ne sommes pas encore capables de le faire parce que nous n’en avons certainement pas les moyens. Il y a une statue aujourd’hui au Bénin qui représente une amazone, ce qui signifie que L’Etat béninois a eu les moyens d’ériger ce monument. Peut-être que, dans quelques années, il pourra investir dans une grosse production comme The Woman King

Vous êtes la directrice d’un Festival dédié aux femmes dans le cinéma. Que vous inspirent ce casting et cette équipe majoritairement féminine au service de l’histoire de femmes exceptionnelles ?
Le film a été proposé par une femme (Maria Bello), produit par une femme (Viola Davis), réalisé par une femme (Gina prince-Bythewood), monté par une femme … J’ai été très fière de participer à tout cela parce que ce film démontre que les femmes peuvent donner corps à une production saluée aujourd'hui par la critique. Cela veut dire que nous sommes capables de tout faire et qu’il faut juste un peu de volonté. The Woman King est une belle expérience et j’espère que cela va inspirer plein de femmes au Bénin et en Afrique.

Que vous en restera-il ?
J’ai beaucoup appris. Je ne connaissais pas, par exemple, certains épisodes de l’histoire des Amazones. La portée que le film a aujourd’hui rend l’expérience unique. Demain, ce film permettra de localiser le Bénin quand on me demandera de quel pays je viens, ce qui m’évitera d’expliquer qu’il est voisin du Nigeria. Cependant, ce que je retiens surtout, c'est la discipline qui a prévalu pendant nos sessions de travail. L’ensemble des comédiens n’a cessé de s’entraîner pour avoir la bonne prononciation. Ce sont de vrais professionnels ! On aimerait travailler avec ce type de personnes tout le temps.On en a pas toujours l'opportunité sur le continent africain. 

De vos célèbres élèves, quelle était la meilleure en fon ? 

Joker (rires) ! J'aimerais les convier un jour au FIFF Cotonou et j'espère qu'elles accepteront mon invitation. 

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