Sénégal : le réalisateur Ladj Ly et le collectif français Kourtrajmé ouvrent une école de cinéma à Dakar

Le réalisateur du film "Les Misérables" pensait depuis longtemps créer des écoles en Afrique.

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Toumani Sangare (D), Ladj Ly (2e à D) et les étudiants de la nouvelle école de cinéma Kourtrajmé à Dakar au Sénégal, le 19 janvier 2022. (SEYLLOU / AFP)

Ladj Ly, réalisateur du film primé à Cannes en 2019 Les Misérables, et Toumani Sangaré, cofondateur en 1995 du collectif cinématographique Kourtrajmé (court métrage en verlan), viennent d’ouvrir une école de cinéma à Dakar, au Sénégal.

Jeunes scénaristes et réalisateurs

Ils sont déjà quatorze – sept jeunes femmes et autant d'hommes –, choisis parmi des centaines de candidats qui se formeront au métier de scénariste pendant cinq mois. Puis l'école accueillera en juin 2022 dix-huit apprentis réalisateurs. 

"On a démarré le cours par la question : pourquoi écrivez-vous ?", raconte leur formatrice, la scénariste Dialika Sané. Les réponses ont été "très inspirantes, parfois saugrenues, parfois poétiques", mais tous "ont compris le métier de scénariste, l'essence même du métier, qui est de projeter à l'écran ce qu'on ne peut pas forcément dire par d'autres voies".

L’école a pris place dans un ancien bâtiment professionnel reconverti en espace culturel non loin du cœur de la capitale sénégalaise. "Le Sénégal est devenu incontournable au niveau de la production audiovisuelle, en particulier des séries, dit le codirecteur Toumani Sangaré. Il s'y tourne beaucoup de productions internationales, les techniciens sont 'de qualité' et les paysages 'incroyables', tout cela "à cinq heures de Paris" par avion, détaille-t-il.

C’est la troisième école Kourtrajmé à ouvrir après celle de Montfermeil en 2018, puis celle de Marseille en 2020. Ladj Ly, qui a passé son enfance dans le quartier des Bosquets à Montfermeil, avait le rêve de rendre ce qu'il devait aux quartiers déshérités où il avait grandi et fait ses débuts en filmant les violences urbaines de 2005 dans 365 jours à Clichy-Montfermeil.

Des écoles ouvertes à tous

Ces écoles Kourtrajmé – gratuites  ont toutes la même profession de foi, celle d'offrir sans frais et sans condition de diplôme ou d'âge des formations aux métiers du cinéma et de l'audiovisuel. Le succès des Misérables, sélectionné aux Oscars, avec ses deux millions d'entrées n'ont pas fait oublier ses origines sociales et ses liens avec l’Afrique à Ladj Ly. Né dans une famille originaire du Mali où il a tourné le documentaire 365 jours au Mali (avec les réalisateurs Saïd Belktibia et Benkoro Sangaré), il pensait depuis longtemps créer des écoles sur le continent avec lequel il a gardé de fortes attaches.

Ladj Ly et Toumani Sangaré ne cachent pas que leur première école africaine aurait pu naître au Mali, où ils ont leurs racines. La tourmente dans laquelle est pris le pays ne l'a pas permis. Mais Ladj Ly a une dizaine de projets "un peu partout" sur le continent, "au Mali, à Abidjan (Côte d'Ivoire), au Burkina..." Même au Sénégal, plus paisible, Ladj Ly et ses partenaires n’ont pas eu la tâche facile. La période a été "compliquée avec le Covid". Réunir les fonds n'a pas été simple et des lourdeurs bureaucratiques ont freiné l'entreprise.

"La notoriété, ça ouvre pas mal de portes, mais ça reste le parcours du combattant de se dire qu'on veut créer des écoles gratuites, ouvertes à tous."

Ladj Ly réalisateur du film "Les Misérables"

à l'AFP

"L'important, c'est que l'école existe"

Ladj Ly a été rattrapé en février 2021 par une enquête en France pour abus de confiance et blanchiment, visant l'association qui chapeaute l'école. Lui et son frère ont été entendus par la police. Les investigations sont terminées et le parquet dit examiner les éventuelles suites y donner.

Pour l'artiste, "l'enquête est finie". Il parle de tentative de "sabotage" et de "bêtises" écrites par une ancienne employée. "Notre école, elle dérange beaucoup de gens, ils ont tout fait pour la détruire, dit-il. L'important, c'est que l'école existe et (qu')on continue à en ouvrir un peu partout." A Montfermeil, Marseille, Dakar et bientôt Madrid...

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Culture africaine

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.