Maroc : le rappeur Gnawi, auteur d'un titre critique, jugé pour insulte à la police

Le dernier morceau du rappeur marocain a été visionné plus de 13 millions de fois en moins de 3 semaines. 

Tribunal de Salé, près de Rabat, où se tient le procès du rappeur Gnawi, le 14 novembre 2019. 
Tribunal de Salé, près de Rabat, où se tient le procès du rappeur Gnawi, le 14 novembre 2019.  (FADEL SENNA / AFP)

Le rappeur marocain Gnawi, Mohamed Mounir, co-auteur d'un titre polémique sur le désespoir de la jeunesse de son pays, a comparu jeudi 14 novembre devant le tribunal de Salé, près de Rabat, pour "outrage à fonctionnaire public". Il risque deux ans de prison. Selon son avocat, le chanteur de 31 ans est poursuivi non pas pour des insultes à la police, mais à cause du titre Vive le peuple ("Aach al chaab", en dialecte marocain) qui cumule désormais plus de 13 millions de vues sur Youtube.

Ce titre, qui reprend des slogans scandés dans les stades, dénonce "l'injustice" et "l'accaparement des richesses". Surtout, les paroles attaquent directement le roi, ce qui constitue, selon les médias marocains, un franchissement très net de ce qu'on appelle au Maroc les "lignes rouges".

Image de la police

Les autorités marocaines assurent, quant à elles, que l'arrestation du rappeur, le 1er novembre, "n'a rien à voir avec la chanson", mais est liée à la diffusion d'une vidéo dans laquelle il insulte la police, comme l'a expliqué à l'AFP un porte-parole de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN). La DGSN s'est portée partie civile, car elle a "subi un tort en tant qu'institution", selon son avocat Abdelfettah Yatribi.

Gnawi se trouve en détention préventive depuis son arrestation, survenue au lendemain de la mise en ligne de son dernier titre, co-écrit avec deux amis rappeurs pour protester contre la situation sociale et la corruption au Maroc.

Indignation sur les réseaux sociaux

L'affaire a suscité des flots de commentaires indignés sur les réseaux sociaux.

Les poursuites judiciaires engagées contre lui constituent une atteinte flagrante à la liberté d'expressionAmnesty Internationalcommuniqué

Après une audience rapide consacrée à des questions de procédure, le tribunal de Salé a renvoyé l'affaire au 25 novembre. Les juges devront se prononcer d'ici là sur la demande de remise en liberté déposée par l'avocat du rappeur, Me Mohamed Sadkou.

Les jeunes représentent le tiers de la population du Maroc, qui compte 35 millions d'habitants, et souffrent particulièrement de l'exclusion sociale : le quart des 15-24 ans est hors du système scolaire, sans formation ou sans emploi, selon les chiffres officiels.