Au Maroc, la culture juive sera enseignée à l’école

De nouveaux manuels scolaires intègrent l’histoire et la culture de la communauté juive du pays.

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Le roi du Maroc Mohammed VI lors d'une visite au musée Bayt Dakira (Maison de la mémoire) dans la ville côtière d'Essaouira, le 15 janvier 2020. (AFP / photo fournie par le Palais Royal du Maroc)

Avant même de normaliser ses relations diplomatiques avec Israël, le Maroc a lancé une réforme scolaire qui intègre l’enseignement de l'histoire et de la culture de la communauté juive. Une première dans le monde arabe où le judaïsme est un sujet tabou.

Un nouveau programme

Dès 2021, les élèves du primaire auront un cours en langue arabe sur l’histoire de la présence juive au Maroc. L’introduction de nouveaux chapitres dans le cursus éducatif concernera également les élèves du lycée. Cette démarche s’inscrit dans le cadre d’un vaste programme de refonte des manuels scolaires impulsé en 2014. Il s’agit de "mettre en avant la diversité identitaire marocaine", comme le souligne Fouad Chafiqi, directeur des programmes scolaires au ministère marocain de l’Education.

"Cette introduction est une première dans le monde arabe ; elle fait l’effet d’un tsunami"

Serge Berdugo, secrétaire général du Conseil de la communauté israélite du royaume

à l'AFP

"Un vaccin contre l’extrémisme" 

Présent dans l'architecture, la musique ou la cuisine, "l'affluent juif" de la culture marocaine apparaîtra ainsi dans les nouveaux manuels d'éducation sociale du cycle primaire. Selon les premières informations relayées par l'Agence France Presse, un chapitre y sera consacré au sultan Sidi Mohammed Ben Abdellah, dit Mohammed III, qui impulsa au XVIIIe siècle la présence juive dans la ville d'Essaouira (Sud), devenue depuis la seule cité en terre d'islam comptant une population à majorité juive, avec une trentaine de synagogues.

L’introduction de l’identité juive au programme scolaire est saluée par les associations juives qui parlent d'"un vaccin contre l'extrémisme". Si à ce stade la réforme n'a pas suscité beaucoup de commentaires, en règle générale elle est plutôt bien vue dans le milieu éducatif.

"Cela permettra de forger la perception et la construction de futurs citoyens conscients de leur héritage pluriel"

Mohammed Hatimi, professeur d'histoire au Maroc

à l'AFP

Le Maroc, une exception

Dans le monde arabe, le Maroc reste un cas rare dans la mesure où "ce pays n'a jamais effacé sa mémoire juive", comme le précise Zhor Rehihil, la conservatrice du Musée du judaïsme marocain à Casablanca, unique en son genre dans la région.

Présente au Maroc depuis l'Antiquité, la communauté juive qui reste la plus importante d'Afrique du Nord a crû au cours des siècles, notamment avec l'arrivée des juifs expulsés d'Espagne par les rois catholiques à partir de 1492.

Elle a atteint environ 250 000 personnes à la fin des années 1940, soit environ 10% de la population marocaine. Beaucoup de juifs ont quitté le Maroc après la création d'Israël en 1948, et il en reste environ 3 000.

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