Soupçons de viols par des soldats français en Centrafrique : des enfants témoignent

Au moins deux enfants racontent dans la presse les abus qu'ils auraient subis de la part de militaires français, en échange de nourriture.

Un soldat français près de l\'aéroport de Bangui (Centrafrique), en décembre 2013.
Un soldat français près de l'aéroport de Bangui (Centrafrique), en décembre 2013. (SIA KAMBOU / AFP)

Ils sont âgés de 9 à 13 ans. Tous vivaient dans le camp de réfugiés jouxtant l'aéroport de Bangui, qui a accueilli jusqu'à 100 000 personnes fin 2013, au plus fort des combats entre les ex-rebelles Séléka et les milices anti-balakas. Au total, six enfants se sont dits victimes d'abus sexuels de la part de militaires français de la force Sangaris, en échange de nourriture. Les faits se seraient déroulés entre décembre 2013 et mai 2014.

Que racontent les enfants ?

Pour la première fois, au moins deux d'entre eux témoignent dans la presse. "Un jour, je suis venu dire que j'avais faim. On m'a amené dans un endroit fermé où les soldats montent la garde, il y avait des sacs de sable autour. L'un d'entre eux m'a demandé une fellation en échange. Il m'a dit de ne jamais en parler", confie l'un d'eux au Parisien.

Un reportage de l'émission "Sept à huit", de TF1, donne également la parole à un enfant (on ne sait pas s'il s'agit du même que celui interrogé par Le Parisien) : "Ils ont dit qu'ils me donneraient des rations si je couchais avec eux. J'ai accepté. Ça se passait dans un abri construit avec des sacs remplis de sable. C'était l'endroit où ils dormaient. Quand j'avais faim, j'allais les voir", détaille-t-il, précisant que les faits se seraient produits plus de dix fois.

Ce petit garçon assure même avoir subi des pressions de la part des soldats, afin de ne pas parler : "Ils m'ont dit : 'Quand on te baise les fesses, il faut que tu ne le dises à personne.' Sinon, ils ont dit qu'ils me tueraient", raconte-t-il, disant connaître le surnom de l'un des militaires.

Un autre enfant, interrogé par Le Parisien, décrit un agresseur "musclé, grand et blanc", qui lui aurait proposé de "sucer son bangala contre des biscuits et des bonbons". "J'avais faim, j'étais obligé de le faire", assure-t-il.

Ces témoignages sont-ils crédibles ?

La question de la crédibilité de ces témoignages reste posée. Les gendarmes français envoyés à Bangui en toute discrétion en août 2014 ont relevé plusieurs incohérences dans les déclarations des enfants et la façon dont elles ont été retranscrites dans le rapport de l'ONU, selon Le Parisien.

D'abord, leur niveau de langage, trop élaboré pour ces enfants pour la plupart analphabètes. Dans leurs descriptions, les enfants évoquent aussi des piercings que porteraient certains des agresseurs, or les piercings sont prohibés chez les militaires français. Enfin, l'endroit constitué de sacs de sable dans lequel se seraient produits les faits ne permettait pas d'être à l'abri des regards depuis l'intérieur du camp. Malgré tout, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, le Jordanien Zeid Ra’ad Al-Hussein, interrogé par TF1, estime ces témoignages "crédibles". La justice française aura la lourde tâche de faire la lumière sur ces allégations. Depuis le 7 mai, l'enquête est entre les mains de trois juges d'instruction.