Cameroun : un Grand dialogue national pour tenter de régler la question de la région anglophone

500 délégués camerounais sont réunis dans la capitale camerounaise jusqu'au 4 octobre pour débattre de l'avenir de la région anglophone, en proie à des violences meurtrières depuis fin 2017.

Une vue du parlement camerounais à Yaoundé, le 17 novembre 2017.
Une vue du parlement camerounais à Yaoundé, le 17 novembre 2017. (- / AFP)

Pendant une semaine à partir du 30 septembre, 500 délégués se réunissent à Yaoundé, au Cameroun, pour parler de l'avenir de la région anglophone. Le président camerounais, Paul Biya, espère reprendre la main dans un conflit de plus en plus sanglant, où des groupes armés réclament la création d'un Etat indépendant dans ces territoires, l'Ambazonie, où résident la plus grande partie de la minorité anglophone camerounaise. Depuis 2017, il a entraîné la mort de plus de 2000 personnes, selon International Crisis Group. Il s'agit, pour le président, "d’examiner les voies et moyens de répondre aux aspirations profondes des populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, mais aussi de toutes les autres composantes de notre Nation."

Et les thèmes ne manquent pas, énumérés par le président lui-même "Le bilinguisme, la diversité culturelle et la cohésion sociale, la reconstruction et le développement des zones touchées par le conflit, le retour des réfugiés et des personnes déplacées, le système éducatif et judiciaire, la décentralisation et le développement local, la démobilisation et la réinsertion des ex-combattants, le rôle de la diaspora dans le développement du pays, etc."

Scepticisme généralisé

Au Cameroun, tout le monde en parle, mais peu s’attendent à un résultat spectaculaire. Les points d’agacement ne manquent pas. Y compris au sein du parti présidentiel, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC). Le parti est accusé de truster les postes de délégués, notamment dans les régions qui présentent des propositions pour la crise anglophone. Le Journal du Cameroun fait même parler un militant peu amène : "Le RDPC est en train de plomber cette histoire de dialogue. On a l'impression qu'ils ont le réflexe de survie. (…) Ils ont peur que si l'on faisait venir des gens d'autres couches, beaucoup de choses allaient être mises sur la place publique."

Un autre journal, L'Anecdote, considère aussi que les réunions préparatoires autour du Premier ministre ignorent les couches sociales défavorisées du pays. Selon la presse camerounaise, on ne sait pas si les milices séparatistes ont donné leur feu vert au dialogue. Les deux leaders des groupes armés, Lucas Ayaba Cho et Chris Anu, ont été invités à prendre part aux débats. Curieuse invitation alors que une dizaine de membres de la délégation de l'Ambazonie, dont les deux chefs, sont sous le coup de poursuites lancées par Yaoundé.

Quel avenir pour la région anglophone ?

Yaoundé refuse toute idée de séparation. Pour sortir de la crise, le Premier ministre propose de rendre la décentralisation effective. Plus de pouvoir donc, mais pas tout le pouvoir. "Une imposture", estime des responsables d’associations venus des régions anglophones, mais aussi de l’ouest et du centre qui ont donné une conférence de presse à Douala. Ils réclament la tenue d’une session spécifique à la crise anglophone, pour ne pas diluer les autres problèmes du pays dans cette conférence.

L'opposition absente

L’opposition politique à Biya, notamment le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), n’entend pas participer au grand dialogue national, tant que son leader, Maurice Kamto, arrêté en janvier 2019, est en prison. Son procès pour "insurrection" devrait se tenir le 8 octobre. Comme d’autres dans le pays, l’opposition réclame un cessez-le-feu en Ambazonie, préliminaire à toute discussion. Car l’armée camerounaise n’est pas la dernière à utiliser les armes, pour stopper les indépendantistes. Dans ces conditions, le grand débat semble condamné avant d’avoir commencé.