Cameroun: la crise anglophone pourrait compromettre les élections de 2018

A un an des élections prévues fin 2018, la crise liée au problème anglophone au Cameroun est source d’instabilité. Elle «pourrait affecter l'élection présidentielle», avertit le centre d'analyse International Crisis Group (ICG) dans un rapport. La communauté anglophone est Installée au nord-ouest et au sud-est, deux régions où vivent 5 millions de Camerounais sur 22 millions au total dans le pays.

La ville de Bamenda, la capitale anglophone du nord-ouest du Cameroun. 
La ville de Bamenda, la capitale anglophone du nord-ouest du Cameroun.  (REINNIER KAZE / AFP)

La mobilisation des anglophones faiblit, mais pas leur mécontentement. «Si le climat actuel se prolonge, les chances d'organiser des élections pacifiques dans les deux régions anglophones semblent limitées», indique dans un rapport le think tank ICG, estimant que «la crise actuelle pourrait avoir un retentissement sur les élections de 2018, et même sur la Coupe d'Afrique des Nations prévues pour 2019».

La contestation anglophone a commencé en novembre 2016 avec la mobilisation de professeurs et de juristes. La majorité d'entre eux revendiquent un retour au fédéralisme en faveur des deux régions et certains, une minorité, le séparatisme avec la création d'un nouvel Etat.

Groupuscules sécessionnistes
Le problème anglophone ne date pas d'aujourd'hui. «Cette crise a ravivé des mouvements idenditaires datant des années 1970, qui demandaient le retour au modèle fédéral existant entre 1961 et 1972», rappelle sur son site l'ICG. Depuis janvier 2017, les groupuscules sécessionnistes se multiplient certains d'entre eux lancent désormais des appels à la violence.

«Les éléments de crise demeurent: radicalisation de la diaspora et d'une frange de la population, rupture de confiance avec le gouvernement et violences sociales ciblées», écrit le think tank, qui avertit: «Si une solution durable n'est pas trouvée, la prochaine résurgence du problème anglophone pourrait être violente».

Eviter l'escalade de la violence
Pour éviter l'escalade, l'ICG préconise notamment: une «reconnaissance du problème anglophone par le président» Paul Biya, un «remaniement
ministériel et (une) réorganisation de la haute administration en vue de mieux refléter le poids démographique, politique et historique des anglophones» et, enfin, des «sanctions contre les membres de forces de sécurité responsables de bavure durant la crise».

La contestation anglophone avait abouti à une coupure d'internet pendant plus de trois mois dans les deux régions du nord-ouest et du sud-ouest du pays. Cette interruption de 92 jours, la plus longue jamais enregistrée sur le continent africain, faisait suite à une série de manifestations, dont certaines avaient été violemment réprimées par la police. Des rassemblements s'étaient également déroulés aux Etats-Unis et en Europe.