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Militaire français accusé d'agression sexuelle au Burkina Faso : les pères des fillettes entre le choc et la colère

Les pères des deux fillettes déplorent ne pas avoir été tenu au courant des avancements de l'enquête et de l'exfiltration de l'agresseur présumé. 

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France Télévisions
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Des soldats participent à l'opération antiterroriste "Barkhane", menée par l'armée française, dans la région de Tombouctou (Mali), le 5 juin 2015. (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

"Je suis abasourdi. Ça fait trois jours que je ne dors pas." Ben Ouédraogo ressasse inlassablement l'agression sexuelle présumée infligée à sa fille par un soldat français dimanche à Ouagadougou, au Burkina Faso. Interrogé samedi 4 juillet par l'AFP, le père de la fillette de 5 ans, s'indigne, au bord des larmes :  "Les faits sont ignobles". Artiste-graphiste de 31 ans, il a lu "les dépositions", mais n'a toutefois pas vu la vidéo montrant l'agression sexuelle de sa fille, consignée à l'ambassade de France, d'où on l'a selon ses dires "poliment écarté".

Thierry Nabyroué, le père de la seconde victime, âgée de 3 ans, narre la même histoire, les yeux rouges de fatigue. Ce journaliste burkinabè de 35 ans dit avoir attendu en vain son audition par les gendarmes tricolores venus depuis le Niger enquêter sur l'affaire, avant de constater, sans en être averti, "l'exfiltration" des deux soldats en France, en vertu d'un accord judiciaire passé entre Ouagadougou et Paris

"Pourquoi ne jugerait-on pas le soldat ici ?"

"Mais pourquoi ne le jugerait-on pas ici ? Il y a bien une justice, des lois" au Burkina, s'énerve Ben Ouédraogo. 

Ça veut dire que n'importe qui peut faire n'importe quoi du moment qu'il est soldat, étranger, Français.

Ben Ouédraogo, père d'une fillette agressée sexuellement

AFP

"Je n'ai pas entendu quelqu'un ici se prononcer sur le sujet, même pas une association de la société civile", s'indigne à son tour Thierry Nabyroué, qui appelle les Burkinabè à "réagir" face à leur statut d"'éternels dominés".

Un soldat a été mis en examen vendredi soir à Paris pour agression sexuelle sur enfant de moins de 15 ans et enregistrement d'images présentant un caractère pornographique d'enfant de moins de 15 ans, et a été laissé en liberté. Le parquet, qui avait requis le placement en détention provisoire de cet homme de 38 ans, n'a pas été suivi. Le deuxième militaire a été libéré, sans qu'aucune charge ne soit retenue contre lui.

Le début d'un combat judiciaire

Ben Ouédraogo, qui espère des punitions "sévères" contre les deux hommes, pour "qu'ils ne puissent plus jamais pouvoir perpétrer ce genre d'acte", a pris un avocat en France, spécialisé dans les affaires de pédophilie et compte également porter plainte au Burkina, pour contester notamment le rapatriement des soldats. Thierry Nabyroué, lui, s'étrangle de ne pouvoir engager de procédure dans son pays du fait de "la confiscation de la pièce à conviction", la vidéo.

"Moi et ma famille avons été pris pour des idiots", peste Ben Ouédraogo, qui "remercie le ciel" que sa fille n'ait "pas pris conscience de ce qui s'est passé.""Comme dans un film", il assure ne pas réaliser ce qu'il se passe. "Mais à un moment il faut que je garde le courage pour continuer à me battre pour ces enfants, pour ma fille, pour garder leur honneur," se reprend-il. "Parce que c'est dégueulasse, dégueulasse."

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