Centrale photovoltaïque du Burkina Faso : "Une grande première pour la zone sahélienne et l'Afrique de l'Ouest"

Mathilde Bord-Laurans, de l’Agence française de développement (AFD), est revenue sur l'inauguration de la plus grosse centrale photovoltaïque d'Afrique de l'Ouest, près de Ouagadougou. Elle évoque une voie d'avenir.

 La centrale solaire de Zagtouli, près de Ouagadougou, au Burkina Faso. 
 La centrale solaire de Zagtouli, près de Ouagadougou, au Burkina Faso.  (CELIA QUILLERET / RADIO FRANCE)
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Le président français Emmanuel Macron et le président du Burkina Faso Roch Marc Christian Kaboré inaugurent mercredi 29 novembre la centrale solaire de Zagtouli, près de Ouagadougou, la plus grosse centrale photovoltaïque d'Afrique de l'Ouest, cofinancée par l'Agence française de développement et l'Union européenne.

Mathilde Bord-Laurans, responsable de la division "énergie" à l’Agence française de développement (AFD), estime sur franceinfo que cette grande première pour la zone sahélienne et l'Afrique de l'Ouest est le signe que l'ensemble des pays de la zone est "en train de se mettre en ordre de bataille pour le développement" de l'énergie solaire.

franceinfo : Pourquoi cette centrale solaire n'a-t-elle pas été faite avant ?

Mathilde Bord-Laurans : Déjà, il faut bien comprendre que cette centrale reste pionnière dans la zone du Sahel et en Afrique de l'Ouest. En France, on est très habitués aux centrales solaires. Elles ne sont pas encore très développées dans cette zone-là car les réseaux sont relativement petits, qu'ils dépendent d'énergies thermiques qui sont des énergies faciles à utiliser pour un opérateur électrique. Les centrales solaires posent encore nombre de questions dans ces zones africaines. Qu'est ce qui se passe s'il y a un nuage ? Comment va réagir mon réseau ? Je suis interconnecté avec la Côte d'Ivoire, est-ce que ça va poser des problèmes avec mon voisin ? Il a fallu traiter tous ces sujets, former sur l'exploitation de ces centrales et des réseaux électriques, pour pouvoir faire sereinement le développement de cette centrale. Avoir une première centrale de cette taille-là construite au Burkina est une grande première pour la zone sahélienne et l'Afrique de l'Ouest.

Le problème est-il le stockage de l'électricité produite ?

Cette énergie solaire va fonctionner en mixte avec des énergies thermiques, elle ne va pas être stockée. Il peut y avoir du stockage, ce sont des technologies qui sont en très fort développement et dont les coûts sont en train de très largement baisser. On a d'ailleurs un certain nombre de projets dans d'autres pays, comme par exemple au Niger, où l'on étudie la faisabilité d'associer du stockage à du solaire photovoltaïque. C'est une voie d'avenir pour le développement de grande ampleur de cette technologie.

Est-ce facile de développer le solaire en Afrique ?

C'est aussi facile que de développer l'ensemble des systèmes électriques, c'est-à-dire que ce sont des grosses infrastructures. Il faut tenir compte des enjeux environnementaux et sociaux, des capacités de mise en oeuvre et d'emprunt des pays avec lesquels on travaille. C'est du long terme. Ce qui est sûr, c'est qu'il y a un engouement, une reconnaissance maintenant du développement des énergies renouvelables. Le Burkina, avec 33 mégawatts, s'engage dans un plan de développement beaucoup plus ambitieux. On va passer à 250 mégawatts et l'Agence française de développement va tenter de les appuyer. L'ensemble des pays de la zone est vraiment en train de se mettre en ordre de bataille pour le développement de cette énergie.

Comment se fait-il que 80% de la population du Burkina Faso n'ait pas d'électricité ?

Le chiffre est énorme. Déployer des réseaux de grande taille sur des espaces aussi grands qu'en Afrique avec des populations assez dispersées, ce n'est pas une chose simple. L'énergie thermique dont dépend aujourd'hui le Burkina est également très coûteuse. Cela grève d'autant plus les capacités de financement et de déploiement de ces infrastructures par l'opérateur électrique qu'est la Sonabel. Il faut réfléchir à moderniser la façon de traiter la question de l'accès à l'énergie. On parle de réseaux connectés, de mini-réseaux et même maintenant de la distribution de kits solaires qui vont apporter de nouvelles solutions.