Burkina Faso : que veulent les différents acteurs de la crise

L'armée a annoncé, jeudi, la dissolution du gouvernement et de l'Assemblée, mais le président Blaise Compaoré refuse de démissionner, promettant des élections.

Des manifestants demandent le départ du président Blaise Compaoré, mercredi 29 octobre à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso.
Des manifestants demandent le départ du président Blaise Compaoré, mercredi 29 octobre à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. (ISSOUF SANOGO / AFP)

Assemblée nationale incendiée, télévision publique prise d'assaut, violences en province : le Burkina Faso s'est embrasé, jeudi 30 octobre. Les manifestants s'insurgent contre le projet du président Blaise Compaoré, au pouvoir depuis son coup d'état en 1987, de modifier la Constitution pour pouvoir solliciter un troisième mandat. Mais après cette journée d'émeutes, la situation est confuse dans ce pays d'Afrique de l'Ouest, où la présidence comme l'armée revendiquent le pouvoir. Que disent les différentes factions de ce conflit ?

L'armée annonce un "organe de transition"

C'est le chef d'état-major des armées qui a pris la parole le premier, jeudi, par l'intermédiaire d'un communiqué lu par un officier. Face à "la nécessité de préserver le pays de tout chaos et de garantir l'unité et la cohésion nationales", le général Honoré Traoré a annoncé la dissolution du gouvernement et de l'Assemblée nationale. Il a aussi ainsi indiqué qu'un "organe de transition", à la composition encore bien mystérieuse, allait être crée. Il sera chargé de rétablir l'ordre constitutionnel "dans un délai de douze mois".

En attendant, l'armée a instauré un couvre-feu dans l'ensemble du pays. Une situation qui inquiète notamment la communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest, qui a prévenu qu'elle ne "reconnaîtra(it) aucune accession au pouvoir par des voies non constitutionnelles".

Compaoré accepte une transition, mais reste au pouvoir

"J'ai entendu le message, je l'ai compris et j'ai pris la mesure des aspirations de changement", a assuré, quelques heures plus tard, le président Blaise Compaoré, dans une allocution télévisée. Pour autant, il n'a pas évoqué une éventuelle démission, ni la prise du pouvoir par l'armée. "Je suis ouvert à des discussions sur une période de transition à la fin de laquelle je passerai le pouvoir au président élu démocratiquement", a-t-il promis.

Après l'envahissement de l'Assemblée et de la télévision publique, Blaise Compaoré avait abandonné son projet de révision constitutionnelle, qui avait mis le feu aux poudres, et démis le gouvernement de ses fonctions. Il a également décrété l'état de siège dans le pays, avant de le lever dans la soirée. Dans la nuit, des tirs ont été entendus à proximité du palais présidentiel.

L'opposition intransigeante sur le départ du président

"Nous nous réveillons, aujourd'hui, avec une situation de confusion totale", a reconnu, vendredi matin, un député d'opposition sur RFI. Ses principaux responsables n'avaient pas encore réagi aux évènements de la veille, en particulier le coup de force des militaires, qualifié tout de même, jeudi soir, de "coup d'état" par Bénéwendé Sankara, un des principaux opposants au président. "Pendant vingt-sept ans, Blaise Compaoré a roulé tout le monde dans la farine. Là, il est encore en train de duper, de ruser avec le peuple", a-t-il estimé. Le départ de Blaise Compaoré est, selon lui, un "préalable non-négociable" à une transition à la tête de l'Etat.

Les manifestants sollicitent le général à la retraite Kouamé Lougué

Les manifestants voient dans le chef d'état-major Honoré Traoré un "pion du pouvoir" et ne sont pas optimistes sur les intentions de l'armée. Ils réclament le retour du populaire général en retraite Kouamé Lougué, ministre de la Défense limogé en 2004. Ce dernier semble compter ses soutiens, puisqu'il a rencontré les plus hauts gradés du pays, ainsi que le "roi" de l'ethnie des Mossi, la plus importante du Burkina.