Législatives au Bénin : "Ceux qui promettent de tout brûler seront brûlés les premiers", prévient le pouvoir

Les appels lancés au président béninois, Patrice Talon, pour reporter les élections législatives sont restés lettre morte. Le vote aura bien lieu le 28 avril sans les partis de l’opposition. Ils dénoncent "la prise en otage de la démocratie et le retour au parti unique".

Deux anciens présidents du Bénin, Thomas Boni Yayi et Nicephore Soglo, mobilisent les citoyens le 19 avril 2019 à Cotonou contre la tenue des législatives.
Deux anciens présidents du Bénin, Thomas Boni Yayi et Nicephore Soglo, mobilisent les citoyens le 19 avril 2019 à Cotonou contre la tenue des législatives. (YANICK FOLLY / AFP)

Dans ce pays d'Afrique de l’Ouest, considéré plutôt comme un modèle de démocratie, l’opposition ne participera pas aux élections législatives du 28 avril. Toutes ses listes ont été rejetées par la commission électorale, officiellement pour manque de certificat de conformité à la nouvelle charte des partis politiques votée cette année sur proposition des députés issus du parti au pouvoir.

Les Béninois dénoncent le retour au parti unique

Aucune formation de l’opposition n’a pu remettre dans les délais les documents administratifs exigés par le nouveau code électoral. Seuls deux partis apparentés au pouvoir ont donc été autorisés à présenter des candidats. Les Béninois n’avaient pas vu ça depuis que leur pays s’est engagé sur la voie de la démocratie au début des années 1990. La colère gronde dans les rangs de l’opposition.

"Pour nous, cela ressemble à une déclaration de guerre à notre peuple. Depuis 1990, le pays ne s’est jamais senti aussi mal. Le président fait tout pour obtenir une Assemblée qui lui sera acquise", clame le député Léon Aroci, membre de la minorité parlementaire, au micro de RFI.

"Le Bénin en situation quasi-insurrectionnelle"

Dans une lettre adressée au président du Parlement européen, le premier vice-président de l’Assemblée nationale béninoise, Valentin Agossou Djenontin, dénonce un processus électoral injuste. Pour lui, "le Bénin se trouve aujourd’hui en situation quasi pré-insurrectionnelle. Face à la tension qui ne cesse de monter, le gouvernement déploie les chars des forces armées béninoises sur toute l’étendue du territoire pour intimider le peuple", peut-on lire dans cette lettre.

Des gaz lacrymogène sur deux anciens chefs d’Etat

A Cotonou, deux anciens chefs d’Etat béninois, Thomas Boni Yayi et Nicéphore Soglo, ont pris les devants pour interpeller le président Patrice Talon sur les risques d’un processus électoral non inclusif. Alors qu’ils effectuaient une descente surprise dans les rues de la capitale pour mobiliser les citoyens, ils ont été interrompus par des détonations de grenades lacrymogènes lancées par la police.

"Je trouve d’une exceptionnelle gravité que le président Talon ait pu envoyer des gens pour jeter des gaz lacrymogènes sur deux chefs d’Etat. C’est un crime dont il répondra devant la nation", s’est indigné l’ancien président Nicéphore Soglo à la télévision béninoise. Alors que son compagnon d’infortune, Thomas Boni Yayi, a appelé ses compatriotes à poursuivre le combat sans peur. Pas question de détruire notre héritage démocratique, clame-t-il.

"Ceux qui promettent de tout casser auront des fractures multiples"

Face à la contestation qui s’est amplifiée, les Béninois retiennent leur souffle. Et les propos tenus par le ministre de l’Intérieur, Sacca Lafia, ne sont pas pour les rassurer. "Depuis quelques semaines, des citoyens promettent de brûler tout. Je vais vous dire ceci : ceux qui promettent de tout brûler seront brûlés les premiers. Ceux qui promettent de tout casser auront des fractures multiples", a mis en garde le ministre béninois, lui-même candidat de la mouvance présidentielle à ces élections.

C’est dire le climat pesant qui règne dans le pays à la veille de ce scrutin. Les opposants continuent d’affirmer que sans l’opposition, cette élection n’aura pas lieu.