Le journaliste béninois Ignace Sossou est un "homme libre"

Il a été libéré le 24 juin 2020, après six mois d'emprisonnement. Le journaliste d'investigation a été écroué pour "harcèlement" du procureur de la République. 

Photo du journaliste béninois Ignace Sossou publiée sur sa page Facebook, le 10 août 2019.
Photo du journaliste béninois Ignace Sossou publiée sur sa page Facebook, le 10 août 2019. (IGNACE SOSSOU)

"Je remercie toutes les organisations de journalistes et tous les internautes qui se sont mobilisés pour réclamer ma libération. Aujourd’hui, je suis un homme libre. Franchement, je vous remercie très sincèrement pour tout", a déclaré le journaliste béninois Ignace Sossou à sa sortie de prison le mercredi 24 juin 2020, après six moins de détention, rapporte Bénin Web TV, la rédaction à laquelle il appartient.

Des propos qu'il a réitérés le lendemain de sa libération dans un tweet, où il cite notamment le président Patrice Talon, alors que ses rapports avec les autorités béninoises sont pour le moins tendus. 

Ignace Sossou a été condamné le 24 décembre 2019 à 18 mois de prison ferme pour avoir "harcelé", par "le biais de moyens de communication électronique", Mario Metonou, le procureur de la République du Bénin près du tribunal de Cotonou, la capitale économique. Après un report de son procès, la peine du journaliste a été réduite à 12 mois de prison, dont six mois ferme, par la cour d'appel. Le journaliste a pu, par conséquent, retrouver la liberté le 24 juin. 

Trois phrases publiées sur les réseaux sociaux et rapportant les propos de Mario Metonou, tenus dans le cadre d'un atelier sur les fausses informations organisé le 18 décembre 2019 par l'Agence française de développement médias CFI, sont à l'origine de son emprisonnement

Une alerte 

L'agence, dont un courrier a été utilisé par l'accusation avant d'être déclaré nul, parce que n'ayant pas "suivi la procédure de validation interne", a salué la libération du journaliste béninois dans un communiqué, où elle revient sur son rôle dans l'affaire Sossou."CFI a conscience qu'un dysfonctionnement interne, caractérisé par un premier courrier envoyé aux autorités béninoises, sans suivre les voies de validation de l'agence et en total décalage avec ses principes déontologiques, a été instrumentalisé dans la procédure qui a conduit Ignace en prison", indique le texte.  L'agence y "rappelle avoir fait parvenir le 16 janvier 2020 un courrier officiel au ministre de la Justice du Bénin, appelant à sa libération". Un document, poursuit le communiqué, "versé au dossier lors de la procédure d'appel". 

Reporters sans Frontières, une des organisations de défense de la liberté de la presse qui a suivi de près l'affaire Sossou, s'est dit dans un tweet "soulagée d’apprendre la libération d’Ignace Sossou détenu 6 mois pour avoir fait son métier de journaliste sans commettre aucune faute". "Sa détention, souligne RSF, est la plus grave atteinte à la liberté de la presse enregistrée (au Bénin) ces dernières années."

L'ONG de défense des droits numériques Internet sans Frontières appelle, elle, à la vigilance."La libération d’Ignace Sossou aurait dû intervenir plus tôt. Restons extrêmement vigilants. Ce cas pourrait être le premier d’une longue série d’atteintes à la liberté de la presse, au nom de la lutte contre les fake news", a réagi Julie Owono, la directrice exécutive d’ISF, dans un communiqué.