"J'espère que tous les harkis pourront y avoir droit" : la condamnation inédite de l'État ouvre la voie à d'autres plaintes

Après la décision inédite du Conseil d'État qui condamne l'État français pour l'accueil "indigne" des harkis, les associations de défense saluent cette condamnation et d'autres plaintes pourraient suivre. 

Des vétérans harkis lors d\'une cérémonie aux Invalides à Paris, le 25 septembre 2018. 
Des vétérans harkis lors d'une cérémonie aux Invalides à Paris, le 25 septembre 2018.  (PHILIPPE LOPEZ / AFP)

C'est une victoire judiciaire historique : le Conseil d'État a pour la première fois condamné mercredi 3 octobre l'État à indemniser un fils de harki pour l'accueil "indigne" réservé aux supplétifs de l'armée française en Algérie à leur arrivée dans l'Hexagone. Après la guerre, ils avaient rejoint des camps dans les années 1960 et 1970 où les conditions de vie étaient déplorables. Cette décision inédite pourrait ouvrir la voie à d'autre descendants de harkis. 

"Je me sens apaisé"

Après un long parcours judiciaire, Kader a obtenu gain de cause. Ce fils de harki, né dans le camp de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales) en 1963, a grandi dans le camp de Bias (Lot-et-Garonne) jusqu'en 1975. Une enfance derrière les barbelés et privé d'éducation. "Nous avons subi un génocide intellectuel, puisqu'on nous a interdit le savoir, nous n'avons pas eu droit à l'école de la République. On nous a interdit de réussir dans la vie." La décision rendue par la plus haute juridiction administrative condamne l'État à lui verser 15 000 euros au titre des préjudices matériels et moraux qu'il a subis. "Je me sens apaisé de savoir que l'État français a été condamné sur la politique qu'il m'a infligée dans mon enfance", dit-il.  

Cependant, "on ne peut pas se satisfaire d'une réparation aussi petite face à un drame pareil", poursuit Kader qui avait "demandé un million". "J'attends aujourd'hui du gouvernement qu'il aille au-delà de cette décision", précise-t-il. 

D'autres plaintes certainement à venir 

En s'appuyant sur la décision du conseil d'État, d'autres plaintes pourraient être déposées. "C'est une brèche, estime Fatima Besnaci-Lancou, historienne, co-fondatrice de l'association Harkis et droits de l'homme. Bien sûr que c'est historique et il fallait s'y attendre avec la reconnaissance de la responsabilité de l'État français par François Hollande le 25 septembre 2016. Cette personne qui a demandé à être indemnisée pour le préjudice subi a été entendue."

Mohammed Badi, 65 ans, lui aussi voudrait être entendu. Il a connu les camps, "on nous donnait à peine à manger". Il se souvient de "l'humidité, les cafards et les punaises de lits", et seulement "d'une brouette de charbon par mois pour pouvoir se chauffer". Aujourd'hui, il est porte-parole du Comité national de liaison des harkis.

La condamnation à verser 15 000 euros, j'espère que tous les harkis de France pourront y avoir droit. Une chose est certaine : ce n'est pas suffisant. Mohammed Badià franceinfo

Après la décision du Conseil d'État, Mohammed Badi se dit prêt lui aussi à déposer plainte. "C'est une décision historique qui nous conforte dans notre projet d'aller plus loin", estime-t-il. Et même jusqu'à la Cour européenne des droits de l'homme. Mohammed Badi assure qu'il constitue en ce moment un dossier au nom de plusieurs associations de défense des harkis.