La chute d'Ali Haddad, le puissant ex-patron des patrons algériens arrêté à la frontière tunisienne

L’ex-président du FCE (le Medef algérien) et patron de la première entreprise algérienne de travaux publics a été arrêté dans la nuit du 30 au 31 mars 2019. Il avait déjà été empêché de sortir du pays à l’aéroport d’Alger. L’entrepreneur s’était investi en faveur d’un nouveau mandat de Bouteflika. De quoi s’interroger sur sa chute.

Ali Haddad en 2015. 
Ali Haddad en 2015.  (RYAD KRAMDI / AFP)

Le 28 mars, le président du Forum des chefs d’entreprise (FCE), Ali Haddad, avait démissionné de son poste. "Cette démission signe la fin de règne d’Ali Haddad. Ce dernier avait pris les commandes du FCE en 2014. Il a été réélu à la tête du Forum en décembre dernier. Il était le seul candidat en lice. Il a fait de l’organisation patronale un instrument politique au service du clan présidentiel. Il s’est impliqué pleinement pour le cinquième mandat du chef de l’Etat sortant, en lui apportant le soutien du FCE de manière ostentatoire, voire provocatrice", estimait alors le quotidien Liberté.  

Le journal avait vu juste, puisque aujourd'hui Ali Haddad est en état d'arrestation. 

Avant cette chute, l’homme était important. Voire, selon Le Monde,  "incontournable en Algérie au point qu’Emmanuel Macron, alors candidat à l’élection présidentielle française, l’a rencontré le 14 février (2017) lors de sa visite dans le pays". Plus ennuyeux pour lui, son nom a eu l"'honneur" d'être cité dans les "Panama papers"

"Parmi les oligarques algériens, Ali Haddad fut un précurseur. Dès novembre 2004, l’actuel boss du FCE optait pour les Iles vierges britanniques pour domicilier l’une de ses sociétés offshore, Kingston Overseas Group Corporation, selon les révélations des 'Panama papers' publiées au printemps 2017", rappelle le journaliste Nicolas Beau dans MondeAfrique.

"Il a profité des marchés publics" 

Ali Haddad a de quoi faire des jaloux. Son entreprise, créée à la fin des années 1980, avait été restructurée en 2004 pour prendre la forme qu’on lui connaît aujourd’hui. "ETRHB Haddad est désormais le premier groupe privé de travaux publics d’Algérie", confirme Le Monde. Le journal français ajoute : "Ali Haddad est par ailleurs propriétaire, depuis 2010, de l’Union sportive de la médina d’Alger (USMA), un club de football évoluant en première division, et détient un groupe médiatique composé de deux quotidiens et de deux chaînes de télévision". 

"Il a profité des marchés publics", affirme sur France-Inter l'un de ses proches, "sa clef, c’était Saïd Bouteflika (frère et conseiller spécial de l'actuel président, NDLR). Haddad utilisait très bien le gouvernement, mais le gouvernement l'utilisait aussi très bien".

Finalement, Ali Haddad paraît payer aujourd'hui sa proximité avec le régime. "L'homme qui était dans le collimateur des enquêteurs depuis la publication d’une série de mises en demeure en 2017 et qui croyait, par ailleurs, échapper à la justice algérienne, a vite fait le vide autour de lui en transformant la puissante organisation patronale en syndicat, en provoquant une vague de démissions de plusieurs opérateurs après avoir soutenu ouvertement le 5e mandat de Bouteflika", note La Liberté. 

Ali Haddad semble avoir été arrêté, alors qu'il voulait fuir le pays avec une grosse somme d'argent et un passeport britannique, selon plusieurs médias. Dans le même temps, les bruits sur des fuites de capitaux se sont multipliés. Lors de son arrestation, la foule criait  "Klitou lebled ya sarakine (Vous avez siphonné le pays, espèce de voleurs, ndlr)", selon El Watan.

Coupable ou victime expiatoire d'un régime à bout de souffle. La question peut se poser. "La symbolique, c’est que cette personne fait l’objet de pressions depuis maintenant un mois, extrêmement importantes, puisqu’il est l’incarnation même des oligarques, des parvenus, des gens qui, en l’espace de dix ans-vingt ans, ont amassé une fortune colossale, alors qu’ils n’existaient pratiquement pas. Donc, le fait qu’il redevienne un citoyen normal et qu’on l’arrête et l’incarcère, ce sont des signes forts que malheureusement, peut-être, le peuple attend. Parce qu’il y a toujours une espèce de volonté de vengeance", note sur RFI Mourad Goumiri, professeur de sciences économiques et sciences politiques à l’université d’Alger .