"Il faut qu'on montre les dents" : une foule déterminée manifeste dans les rues d’Alger pour chasser le pouvoir

Des dizaines de milliers de manifestants ont défilé à Alger pour le sixième vendredi consécutif en réclamant le départ du président Abdelaziz Bouteflika et une refonte totale du système politique algérien.

Manifestation contre le président Abdelaziz Bouteflika à Alger, place de la Grande Poste.
Manifestation contre le président Abdelaziz Bouteflika à Alger, place de la Grande Poste. (KAHINA NAZIR / RADIO FRANCE)

"Vous avez pillé le pays, bande de voleurs !" Les manifestants se dirigent vers la place de la Grande Poste. Ils inondent les trottoirs, la chaussée, sont perchés dans les balcons. Les Algériens défilent en masse vendredi 29 mars, pour exprimer leur mécontentement après la proposition du chef d'état-major d'écarter le président Abdelaziz Bouteflika, dernière tentative en date du régime de calmer plus d'un mois de contestation en Algérie.

Partout, des drapeaux algériens et amazigh

Des hommes, des femmes, des familles entières enveloppées fièrement dans des drapeaux algériens et drapeaux amazigh. Le jeune Majid rêve d’un avenir meilleur : c’est écrit sur sa banderole.

Il faut qu’on montre les dents, il faut qu’ils partent de force, que notre pays change, on ne leur laissera pas le choix.Majidà franceinfo

Sur de nombreuses pancartes vendredi, les Algériens se rient du général Gaïd Salah, chef d’état-major de l’armée qui cette semaine a appelé à destituer le président par le biais de l’article 102 de la Constitution. Pour Nasser, le général ne cherche qu’à sauver sa peau et n’est pas dans son rôle. "Il n’a rien à dire, il n’a juste qu’à surveiller les frontières, ironise-t-il. Nous voulons bâtir une ère nouvelle. On va gérer le pays, avec les jeunes, les femmes, les vieux, le peuple, quoi. C’est nous qui allons rebâtir le pays."

A Alger, une foule immense sature les rues du centre-ville sur plusieurs kilomètres, en ce premier jour de week-end, devenu jour de manifestations de masse depuis le 22 février.
A Alger, une foule immense sature les rues du centre-ville sur plusieurs kilomètres, en ce premier jour de week-end, devenu jour de manifestations de masse depuis le 22 février. (KAHINA NAZIR / RADIO FRANCE)

Sur le parcours, les jeunes prennent soin des anciens en leur ouvrant le passage, comme pour cette femme de 75 ans. Elle porte sur le dos un drapeau plus tout neuf : "Il date de 1957, c’est le drapeau de ma maman et mon papa. Il faut se battre comme nos ancêtres. Ce qu’ils ont fait pour nous, il faut le faire pour nos enfants." Et si le système dégageait ? "Il y a des sages en Algérie… Elle tombera dans de bonnes mains. Et je suis très fière d’être algérienne."

Un hélicoptère tourne au-dessus de la foule sur le boulevard Mohammed V. Le barrage des policiers anti-émeutes ne résiste pas aux manifestants, contrairement au pouvoir, toujours en place, et dont ils ne veulent plus. "On a dans le peuple des hommes capables de gérer ce pays, indique un manifestant. Des milliards se sont envolés. Il y en a marre, on veut être libres."

"Il faut qu'on montre les dents": une foule déterminée manifeste dans les rues d’Alger pour chasser le pouvoir
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