Ces journalistes, femmes et arabes, qui bousculent la télévision

Elles s’appellent Khadija Benguena, Rima Karaki, Mouna Chadli, Badia Bachr ou Raghda Dergham. Elles sont suivies par des centaines de milliers de fans sur les réseaux sociaux. Leurs prestations font l’unanimité. Sauf pour leurs «victimes».

La présentatrice d\'Al-Jazira, Khadidja Benguena.
La présentatrice d'Al-Jazira, Khadidja Benguena. (Capture d'écran/FTV)

Elles donnent de la fraîcheur et bousculent les codes à la télévision. Sur les chaînes arabes, elles sont sans complexe face à leurs invités. Percutantes, incisives, elles n’hésitent pas à porter la contradiction et à acculer spécialistes, imams et politiques.

De gauche à droite : Badia Bachr, Mouna Chadli, Raghda Dergham et Khadija Benguena.
De gauche à droite : Badia Bachr, Mouna Chadli, Raghda Dergham et Khadija Benguena. (Capture d'écran/FTV)


Un post sur les réseaux et des milliers de «likes» de suite: l’Algérienne Khadija Benguena a le statut d’une rockstar. La présentatrice d’Al-Jazira, sobre, tout en retenue, fait l’unanimité. Elle vient d’être sacrée meilleure présentatrice arabe de télévision par la chaîne arabe de CNN. Elle a été préférée par les téléspectateurs à ses consœurs, l’Egyptienne Mouna Chadli, la Libanaise Raghda Dergham et la Saoudienne Badia Bachr.

C’est mon émission !
La Libanaise Rima Karaki ne se laisse pas impressionner non plus. Quand son invité islamiste, Hani al-Sibaï, se montre cassant et désagréable, elle l’invite à se montrer plus poli. Rien n’y fait, l’imam ne cache pas son dégoût d’être interviewé par une femme. «C'est indigne de moi d'être interviewé par vous», s’étrangle-t-il depuis Londres d’où il était en duplex. Ultime tentative de la journaliste pour le ramener à la raison. Réplique outrée de l’imam : «Taisez-vous pour que je puisse répondre!» Rima Karaki lui explique les règles d’une interview et met fin à l’entretien.

Jusqu’à un passé très récent (et cela continue surtout sur les chaînes publiques), les télévisions arabes étaient un miroir dans lequel les pouvoirs en place se plaisaient à regarder. Entre inaugurations, accueil des personnalités, discours d’autopromotion, les journalistes étaient fortement priés d’être un relai, d’enregistrer les déclarations sans couper la parole ni surtout poser des questions embarrassantes.

Le fou rire, arme de déstabilisation
Nadeen Bdeir, elle, a un style direct. La technique du micro ouvert n’est pas dans sa pratique du journalisme. Un jour, elle reçoit un historien saoudien qui explique, très doctement, que les Saoudiennes n’ont pas à conduire une voiture. Que si, par grand malheur, elles n’ont pas un homme dans leurs familles pour les aider à se déplacer, il y a une solution toute simple. Laquelle ? L’historien ne se laisse pas démonter : engager une conductrice... occidentale. Cela en est trop pour la présentatrice qui éclate de rire. Une hilarité qui a dû paraître une éternité pour son malheureux invité qui se retrouve face au ridicule de son argumentaire.


Les femmes sont des journalistes comme les autres
Mona Iraqi essaimait ses documentaires dans les festivals avant de se retrouver devant la justice pour diffamation et fausses informations. L’Egyptienne se targuait de traiter de tous les sujets tabous. Jusqu’à son dernier qui l’a amenée devant les tribunaux.


Dans son émission sur les homosexuels en Egypte, elle a dénoncé les activités d'un hammam public, où 26 hommes avaient été ensuite été arrêtés et accusés à tort de «débauche». Elle était présente lors de l’arrestation par la police de ces hommes, filmés à moitié nus. Et qui ont tous été relaxés par la suite. Verdict pour celle qui les a dénoncés le 4 avril.