Vol d'Air Algérie : comment les enquêteurs travaillent sur le site du crash

En arrivant sur les lieux, dans une zone isolée du nord du Mali, les enquêteurs ont découvert un sol jonché de débris et de morceaux de corps à peine identifiables.

Des enquêteurs travaillent sur le site du crash du vol AH5017 d\'Air Algérie, le 29 juillet 2014, dans la région de Gossi (Mali).
Des enquêteurs travaillent sur le site du crash du vol AH5017 d'Air Algérie, le 29 juillet 2014, dans la région de Gossi (Mali). (SIA KAMBOU / AFP)

Un spectacle de désolation. En arrivant sur le site du crash du vol d'Air Algérie, dans une zone isolée du nord du Mali, les enquêteurs ont découvert un sol jonché de débris et de morceaux de corps à peine identifiables. Une situation qui rend les investigations particulièrement complexes.

Un site difficile d'accès

Première difficulté pour l'enquête : la zone de Gossi, située à 150 km de Gao, est difficile d'accès. Maintenir un camp de base sur le site du crash, placé sous la surveillance de quelques centaines de soldats français, maliens et de la mission de l'ONU au Mali (Minusma), relève d'un défi logistique. Plusieurs heures sont nécessaires à un convoi militaire pour l'atteindre en empruntant des pistes parfois difficiles. Il faut y acheminer du matériel de vie en campagne, des groupes électrogènes, du matériel de transmission, des moyens frigorifiques.

"Nous assurons le soutien logistique des enquêteurs français, ainsi que de leurs confrères maliens, algériens et espagnols", a indiqué lundi à Paris le chef d'état-major français, le général Pierre de Villiers. Dans un communiqué publié mardi, la Minusma affirme avoir dépêché sur le site du crash "une équipe internationale de policiers scientifiques et techniques", qui fut parmi les premières sur place. Elle "a contribué à préserver l'endroit de toute pollution et y conserver les éléments de preuve. Deux aspects primordiaux pour faciliter le travail minutieux des enquêteurs spécialistes", ajoute-t-elle.

Les enquêteurs sont acheminés depuis Gao par hélicoptères, un trajet d'environ 45 minutes. Dans la zone, ils travaillent sous une chaleur écrasante. L'accès au site des recherches est interdit à ceux qui ne participent pas à l'enquête.

Des recherches ADN pour identifier des corps fragmentés

Les enquêteurs français ont pour mission de recueillir tout ce qui peut l'être pour expliquer l'accident et permettre d'identifier les 118 victimes du crash (dont 54 Français, 23 Burkinabè, 8 Libanais, 6 Algériens, 6 Espagnols). Chaque mètre carré est passé au peigne fin par ces experts : des gendarmes, des policiers et une équipe du Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA).

En combinaisons blanches, gants et bottes, ils fouillent au milieu de débris métalliques. "Nous avons constaté que nous n'avions aucun corps intègre" mais "des corps profondément fragmentés, et aucun n'était identifiable par des mesures classiques de médecine légale, de dentisterie légale, ni même d'empreintes digitales", explique le colonel Touron, directeur adjoint de l'Institut de recherches criminelles de la gendarmerie française, chargé de l'identification. "Nous avons tout de suite su que nous allions devoir procéder à l'analyse ADN."

"Les techniques de biologie moléculaire nécessitent une conservation des échantillons de bonne nature. Le temps ici va contre nous. Il fait très chaud, et les échantillons sont très rapidement dégradés", dit le colonel Touron.

Les prélèvements effectués au milieu des débris sur le site sont emportés sous deux tentes blanches estampillées gendarmerie nationale (française). A l'abri des regards, sous une autre tente de fortune, les experts récupèrent également des échantillons sur des proches de victimes transportés sur les lieux. "Il est impératif pour nous de récupérer l'ADN des proches de manière à pouvoir ensuite essayer d'identifier un frère, un père, une sœur. (...) Plus nous aurons d'informations, plus l'identification sera rapide."

Des familles dans l'attente

En plus d'être en quête de la vérité sur le crash, plusieurs familles ont fait état de leur espoir de récupérer des corps ou des restes de corps. Rodrigue Sandwidi, qui a perdu un de ses parents dans l'accident, a pu échanger avec les experts. "Ils nous ont expliqué avoir récupéré des centaines de restes de victimes. Mais (...) cela peut être les restes de deux ou trois personnes" sur les 118 tuées.

Laurent Bassindua, dont le frère aîné et un ami ont péri dans le crash, a déposé un bouquet de fleurs aux limites de la zone sécurisée et, effondré de douleur, il s'y est accroupi et a prié, la tête dans les mains. Du site, il emportera "un mélange de cendres et de sable comme un témoignage de l'effroi qui s'est déroulé à Gossi", confie-t-il. "Cela représente ce qui reste de ce qu'il y a de plus cher pour nous. Nous allons conserver tout cela en famille", dit-il, avant d'ajouter, pour toutes les victimes: "J'espère du fond du cœur que tous ces gens reposent en paix."