Afrique du Nord : comment les relations entre l'Algérie et le Maroc se sont dégradées cet été

Plusieurs incidents, survenus en juillet et en août, ont ravivé les tensions entre les deux pays, notamment autour de la question du Sahara occidental. Le Maroc revendique sa souveraineté sur ce territoire, tandis que l'Algérie soutient les indépendantistes du Front Polisario.

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Le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, le 19 juillet 2021, à Alger. (BILLAL BENSALEM / NURPHOTO / AFP)

Après un été jalonné d'incidents, l'Algérie a annoncé, mercredi 18 août, sa volonté de "revoir" ses relations avec le Maroc. Alger a en effet accusé son voisin d'être impliqué dans les incendies meurtriers qui ont ravagé la Kabylie et fait plus de 90 morts. On vous explique pourquoi la tension s'est accentuée entre les deux pays d'Afrique du Nord, sur fond de désaccord historique dans le dossier du Sahara occidental.

Le conflit du Sahara occidental oppose les deux pays

Retour en arrière. Fin 2020, sous l'égide de Donald Trump, alors président des Etats-Unis, le Maroc accepte de normaliser ses relations avec Israël. En contrepartie, Rabat obtient que les Etats-Unis reconnaissent le Sahara occidental comme un territoire marocain. La décision a été confirmée cet été par Joe Biden, le successeur de Trump, rappelle RFI, au grand mécontentement de l'Algérie.

Au Sahara occidental, Alger soutient en effet les indépendantistes du Front Polisario depuis le départ de l'Espagne, l'ancienne puissance coloniale, en 1975. Mais le Maroc, qui contrôle près de 80% de ce vaste territoire désertique, riche en phosphates et avec de fortes ressources maritimes, propose un plan d'autonomie sous sa souveraineté. Rabat considère donc l'Algérie comme une "partie prenante réelle du conflit" au Sahara occidental. En clair : comme un adversaire dans ce dossier. 

De son côté, le Front Polisario, qui a proclamé la République arabe sahraouie démocratique en 1976, continue de réclamer, avec le soutien de l'Algérie, la tenue d'un référendum prévu par l'ONU au moment de la signature d'un cessez-le-feu entre les belligérants en 1991. Toutes les tentatives de règlement du conflit ont échoué jusqu'à présent.

Les incidents se multiplient

A partir de la mi-juillet, les incidents se multiplient entre les deux protagonistes du dossier sahraoui. Pour rendre la monnaie de sa pièce à l'Algérie, le Maroc paraît encourager les indépendantistes kabyles. Durant une réunion du mouvement des non-alignés les 13 et 14 juillet à New York, l'ambassadeur du Maroc à l'ONU, Omar Hilale, fait passer une note dans laquelle il estime que "le vaillant peuple kabyle mérite, plus que tout autre, de jouir pleinement de son droit à l'autodétermination". C'est la première fois, semble-t-il, qu'un diplomate marocain exprime son soutien au séparatisme kabyle, en réaction à l'appui apporté par Alger aux indépendantistes sahraouis. 

Or Alger s'oppose à toute velléité indépendantiste de la Kabylie, région berbérophone du nord-est du pays, et a classé le Mouvement pour l'autodétermination de la Kabylie (MAK, indépendantiste) dans la liste des "organisations terroristes". Une ligne rouge est donc franchie aux yeux de l'exécutif algérien. Le 18 juillet, ce dernier décide de rappeler son ambassadeur à Rabat pour "consultations avec effet immédiat".

A cette brouille diplomatique viennent s'ajouter quelques jours plus tard les révélations liées au scandale Pegasus, nom du logiciel d'espionnage d'une société israélienne mis au service de divers Etats. La presse révèle que des milliers de numéros de téléphone algériens, dont certains appartenant à des hauts responsables politiques et militaires, ont été recensés comme cibles potentielles. L'Algérie réagit aussitôt, et met en cause le Maroc. Elle "exprime sa profonde préoccupation à la suite des révélations (...) faisant état de l'utilisation à large échelle par les autorités de certains pays, et tout particulièrement par le royaume du Maroc" de cet espionnage ou tentative d'espionnage. Une enquête est ouverte à Alger le 22 juillet.

Début août, le roi du Maroc, Mohammed VI, invite néanmoins le président algérien Abdelmadjid Tebboune, "à faire prévaloir la sagesse" et "œuvrer à l'unisson au développement des rapports" entre les deux pays. Le monarque réitère également son appel à rouvrir les frontières entre les deux pays, fermées depuis l'été 1994 à l'initiative de l'Algérie. En vain.

L'Algérie décide de "revoir ses relations" avec le Maroc

La situation empire encore en août, après les incendies qui dévastent la Kabylie. Le 18 août, le chef de l'Etat, Abdelmadjid Tebboune, affirme que la plupart de ces incendies sont d'origine "criminelle", sans présenter la moindre preuve. Les dirigeants algériens accusent le mouvement indépendantiste kabyle d'être responsable des incendies et de la mort d'un jeune homme, lynché par plusieurs personnes car accusé à tort de pyromanie en Kabylie. Mais Alger affirme aussi que ce mouvement "reçoit le soutien et l'aide de parties étrangères, en tête desquelles le Maroc et l'entité sioniste [Israël]". Basé à Paris, le MAK, interrogé par l'AFP, rejette ces allégations.

Le 18 août toujours, l'Algérie annonce qu'elle décide de "revoir" ses relations avec le Maroc. "Les actes hostiles incessants perpétrés par le Maroc contre l'Algérie, ont nécessité la révision des relations entre les deux pays et l'intensification des contrôles sécuritaires aux frontières Ouest", affirme le communiqué du gouvernement algérien, sans autre précision.

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