La césarienne, une intervention à hauts risques pour les mères africaines

Le taux de mortalité maternelle après une césarienne en Afrique serait cinquante fois supérieur à celui des pays riches, selon une étude dirigée par l’Université du Cap en Afrique du Sud.

En Centrafrique le 14 février 2018, de jeunes mères attendent pour peser leurs enfants à la maternité de Boali, qui ne dispose pas d’eau courante et où n\'exerce qu\'un seul médecin.
En Centrafrique le 14 février 2018, de jeunes mères attendent pour peser leurs enfants à la maternité de Boali, qui ne dispose pas d’eau courante et où n'exerce qu'un seul médecin. (FLORENT VERGNES / AFP)

Près d'une femme sur deux cents est décédée après une césarienne, selon cette étude concernant près de 3 700 mères de 22 pays africains publiée le 15 mars 2019 dans la revue médicale The Lancet Global Health.

Des complications pendant et suivant l'opération

La mortalité maternelle est de l'ordre de 0,1 pour 1000 opérations au Royaume-Uni alors qu'elle atteint 5,43 pour 1000 pour les mères africaines étudiées (sur la base de 20 décès après césarienne sur 3 684 mères africaines).

Les femmes africaines ont présenté près de trois fois plus de complications pendant l'intervention chirurgicale que les femmes américaines. Les saignements sévères, pendant ou après l'opération, représentent la complication la plus fréquente chez les femmes africaines.

"L'amélioration des résultats chirurgicaux de la césarienne pourrait considérablement réduire la mortalité maternelle et néonatale" (décès dans les 28 premiers jours de la vie), estime le professeur Bruce Biccard, de l'Université du Cap (Afrique du Sud) qui a dirigé l'étude.

Dans cette étude, les trois quarts des césariennes ont été faites en urgence (78,2%, 2.867 femmes). Et nombre de mères sont arrivées en chirurgie avec un risque préopératoire déjà élevé en raison de complications liées à la grossesse.

Les césariennes, la chirurgie la plus courante

Les mères qui ont des complications placentaires préopératoires, une rupture de l'utérus, des saignements avant la naissance, des saignements obstétricaux sévères au cours de la chirurgie et des complications de l'anesthésie sont plus susceptibles de mourir après ou au cours d'une césarienne.

Cette étude fait partie d'une plus vaste étude "ASOS" (African Surgical Outcomes Study) mesurant les résultats chirurgicaux de tous les patients opérés pendant sept jours dans 183 hôpitaux de 22 pays africains.

Elle montre que les césariennes sont la chirurgie la plus courante et représentent en moyenne un tiers des interventions chirurgicales en Afrique, tandis que le taux de mortalité néonatale, après césarienne, atteint le double de la moyenne mondiale. "Paradoxalement, alors que de nombreux pays cherchent à réduire le taux d'accouchement par césarienne, l'augmentation du taux de césariennes reste une priorité en Afrique", remarque le professeur Biccard. "Améliorer l'accès à la chirurgie - et la sécurité de cette procédure - pourrait permettre aux patientes de se présenter plus tôt et d'éviter des complications et des décès", poursuit-il.

Le nombre de césariennes a doublé dans le monde en 15 ans

Dans cette optique, il préconise une identification précoce de risque de saignement et une utilisation moins restrictive des traitements de l'hémorragie post-partum. Des produits sanguins à longue durée de conservation, ainsi qu'une aide en ligne, ou via des applications mobiles, à l'anesthésie pratiquée par des non médecins, pourraient aussi contribuer à accroître les taux de survie.

Le nombre de naissances par césarienne a quasiment doublé dans le monde en quinze ans, de 12% à 21% entre 2000 et 2015, dépassant même 40% dans 15 pays, selon une analyse parue en 2018 dans la revue médicale The Lancet. On estime entre 10% et 15% la proportion de césariennes absolument nécessaires pour des raisons médicales.