Afrique du Sud : pour ne plus être des cibles, les femmes prennent les armes

Chaque année des milliers de femmes sont tuées et plus d’une centaine de viols sont recensés par jour. Pour apprendre à se protéger, certaines ont décidé de s’armer.

Viols, féminicides… l’Afrique du Sud est un pays dangereux pour les femmes. Pour leur permettre de se protéger et pouvoir se défendre, l’organisation Girls on Fire organise des stages où elles apprennent à manier les armes à feu.

Comparant le niveau des violences infligées aux Sud-Africaines "à celui d'un pays en guerre", le président Cyril Ramaphosa a fait de la lutte contre ce fléau une cause nationale fin 2019.

Dix photos de Marco Longari datées de février et mars 2021 prises sur le champ de tir de Rooikraal à Ekurhuleni au sud de Johannesburg et dans un centre de tir de Midrand près de la capitale, illustrent ce propos.

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Le taux d'homicides en Afrique du Sud est l'un des plus élevés au monde et ne cesse de grimper chaque année. Selon le dernier rapport de la police, plus de 21 000 personnes ont été tuées en 2019-2020, en hausse de +1,4% par rapport au précédent.    MARCO LONGARI / AFP
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Le taux de féminicides est cinq fois plus élevé que la moyenne mondiale et les femmes noires sont les plus touchées par la criminalité. "Les femmes sont des cibles dans ce pays", explique une participante à un stage d'initiation aux armes qui leur est réservé et est organisé par l'Association des propriétaires d'armes à feu en Afrique du Sud (GOSA).    MARCO LONGARI / AFP
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En parallèle de la campagne des Nations unies "16 jours d'activisme pour mettre fin à la violence faite aux femmes", GOSA a lancé en 2015 Girls on Fire pour les inciter à s’armer, à ne plus être des cibles.    MARCO LONGARI / AFP
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Lors des stages Girls on Fire, les formateurs apprennent aux volontaires à se servir de fusils de précision Barrett .50 ou Truvelo, de pistolets GLOCK ou Beretta. Ici, les tirs s’effectuent à balles réelles. "C’est tellement important d’encourager les femmes à se protéger, qu’on ne se contente pas de s’assoir dans un coin et d’être des victimes", explique une bénévole.    MARCO LONGARI / AFP
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Beaucoup d’entre-elles, jeunes ou plus âgées, sont des femmes noires qui n’ont jamais tiré auparavant avec une arme à feu et n’ont pour certaines jamais tenu un revolver. Certaines filles sont amenées par leurs mères pour leur apprendre à se défendre seule dans ce pays où une femme est assassinée toutes les trois heures.    MARCO LONGARI / AFP
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"Ces formations sont destinées en particulier aux jeunes femmes noires, statistiquement les plus ciblées par la criminalité", explique Themba Kubheka, responsable de l’association GOSA, à l’initiative des stages Girls on Fire. "Chaque femme ici connaît une femme qui a été violée, volée, frappée. Chacune a une histoire sur la violence de ce pays."    MARCO LONGARI / AFP
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En 2019, les agressions sexuelles ont augmenté de 1,7% (+873 cas) par rapport à l'année précédente, soit 53 293 cas au total.  C'est simple, le nombre de viols a augmenté de 3,9% pour s'établir à 41 583 au cours de l'année 2019, soit le nombre le plus élevé depuis quatre ans. Durant cette même année, 2 771 femmes ont été assassinées.  MARCO LONGARI / AFP
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L’une des participantes raconte à l’AFP avoir été violée il y a neuf ans à plusieurs reprises par son voisin qui rentrait par la fenêtre de sa chambre. Elle n’a pas porté plainte et n’a reçu aucun soutien car ses parents lui ont reproché d’apporter la honte sur leur famille. Puis quand elle s’est confiée à un ami, celui-ci l’a violée à son tour. "Ça t’apprend à te taire", dit-elle.    MARCO LONGARI / AFP
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Mais les chiffres sur le nombre d’armes à feu détenues en Afrique du Sud sont sommaires et les opinions sont partagées sur le fait d’en posséder. Environ 4,5 millions d'armes circulent légalement en Afrique du Sud. Quasiment autant sur le marché noir, selon l'ONG Gun Free SA, une association sud-africaine qui milite pour une restriction du port d'armes.    MARCO LONGARI / AFP
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Chaque jour, 27 armes sont volées et viennent nourrir le marché illégal, selon l'ONG qui recense 23 morts quotidiennes par arme à feu. "Une arme n'est quasiment jamais utilisée en situation de légitime défense, mais elle augmente le risque pour la personne et sa famille, et aide les criminels à s'armer", souligne l'organisation. Une période d’amnistie gouvernementale de six mois pour la restitution d’armes à feu illégales n’en a permis le retour que de 46 714 en 2020. Un délai prolongé jusqu’à fin janvier 2021 en raison de la pandémie de coronavirus.      MARCO LONGARI / AFP