Afrique du Sud : le choix de centrales électriques flottantes très critiqué

L'Afrique du Sud envisage d'installer des centrales électriques flottantes dans des ports. Le projet suscite de vives critiques, tant sur le choix que sur la transparence du contrat.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Une centrale électrique flottante à quai dans le port de Jakarta en Indonésie, le 8 décembre 2015. (JEFRI TARIGAN / ANADOLU AGENCY)

L'Afrique du Sud est malade de son électricité. Faute d'investissements, le réseau est sous-dimensionné et sensible aux aléas climatiques. Une sécheresse qui vide les barrages hydroélectriques ou une tornade qui met à terre des lignes à haute tension imposent des restrictions sévères. Afin de renforcer sa fourniture en électricité, le pays envisage d'installer des centrales électriques flottantes dans trois ports du pays. Elles doivent fournir 1 220 MW d'électricité au pays, l'équivalent d'un réacteur nucléaire de moyenne puissance en France.

Principal atout du système, il se contente d'une infrastructure réduite et se raccorde au réseau électrique en 90 jours. La centrale fonctionne soit au fuel lourd, soit au gaz, livrés par voie maritime ou terrestre.

Simple mais hors de prix

Le contrat est en cours de finalisation avec le spécialiste du secteur, la société turque Karpowership. Elle est propriétaire de la première flotte mondiale de centrales électriques flottantes. Depuis 2010, elle a construit 19 navires de ce type qui délivrent au total plus de 3 000 MW de puissance. Ses centrales sont déjà en place dans plusieurs pays d'Afrique, notamment le Sénégal et le Ghana.

Le "Kaya Bey, l'un des 19 navires de la société turque Karpowership. (Karpowership)

Le système est une réponse rapide pour des besoins urgents liés, par exemple, à des catastrophes naturelles. Mais en fait, beaucoup de pays ont adopté cette solution pour du long terme. Elle n’impose pas d'investissement lourd et donc de recherche de financement.

Ainsi pour l'Afrique du Sud, le contrat portera sur vingt ans. Une durée largement critiquée par les adversaires du projet. Au final, le contrat s'élève à 218 milliards de rands, soit 13 milliards d'euros. Une coquette somme qui, bien sûr, ne signifie pas l'électricité gratuite pour le client !

Trois ports et huit navires

"Pour produire jusqu'à 1 220 mégawatts d'électricité, la société prévoit de garer huit navires pendant deux décennies dans les ports de Richards Bay (Durban), Ngqura (Port-Elizabeth) et Saldanha Bay (Le Cap)", écrit le Daily Maverick. Cinq de ces navires produisent de l'électricité. Les trois autres fournissent le combustible à partir du gaz liquéfié, dans le cas de l'Afrique du Sud.

Petit problème, aucun des ports n'est en capacité d'accueillir ces navires le long de ses quais. Il va donc falloir réaliser une structure sur des "zones inutilisées", tout en respectant des normes strictes de sécurité, en l'occurrence une zone d'exclusion de 250 mètres autour des navires. Or, l'Autorité nationale des ports affirme n'avoir pour l'heure accordé aucune autorisation, faute d'avoir reçu la moindre demande !

Le groupe turc aurait donc gagné l'appel d'offre sans avoir répondu à toutes les exigences, s'étonne le Daily Maverick. Pour l'ONG Green Connection"quelque chose ne sent pas bon" dans ce processus d'attribution... Il est vrai que l'Afrique du Sud est habituée à la corruption.

Un autre choix

L'autre critique abondamment énoncée porte sur le choix effectué d'utiliser une énergie carbonée pour répondre aux besoins en électricité du pays. Les centrales flottantes coûtent cher à l'usage et ne construisent en rien une infrastructure pérenne.

Pour le professeur Anton Eberhard, de l'école de commerce de l'université du Cap, ce choix "illustre un échec général et coûteux". "Si c'était un contrat de trois ans, ce pourrait être une bonne solution, mais nous sommes liés pour vingt ans", explique-t-il. Pour Alex Lenferna de l'association Climate Justice Coalition, qui milite pour une politique énergétique plus verte, "les énergies renouvelables sont un moyen plus rapide et moins coûteux pour nous approvisionner".

L'enquête d'utilité publique est close depuis le 31 mars 2021. Le ministère de l'Energie doit désormais valider le projet. Mais le débat est loin d'être clos dans l'opinion publique.

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