Afrique du Sud : l'interdiction de la vente d'alcool fragilise le secteur qui réclame la fin de la mesure

Pour la troisième fois en moins d'un an, le pays applique une interdiction totale de vente d'alcool, afin de lutter contre le coronavirus. Les professionnels annoncent des conséquences économiques désastreuses. 

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
"Les emplois sauvent des vies, laissez-nous vendre de la bière", réclamait en juillet 2020 un établissement du centre du Cap lors de la première interdiction de vente d'alcool. (RODGER BOSCH / AFP)

Libérer de la place dans les hôpitaux en réduisant les effets néfastes de la consommation d'alcool sur la santé, mais aussi sur la sécurité. C'était l'objectif du président Cyril Ramaphosa lorsqu'il a annoncé une troisième interdiction de vente de l'alcool le 28 décembre dernier. "Les accidents liés à l'alcool et les actes de violence mettent sous pression les services d'urgence des hôpitaux", déclarait-il, pointant également du doigt le relâchement des personnes alcoolisées quant au respect des gestes barrières.

Mais au bout d’un mois d'interdiction, les professionnels du secteur réclament un allègement des mesures, sans quoi la filière, selon eux, est vouée à un effondrement gigantesque. Représentants des cafetiers, vendeurs, brasseurs et même vignerons, multiplient les messages d'alerte à l'intention des responsables politiques. Chacun annonce des pertes financières et surtout un impact majeur sur l'emploi, aspect bien plus sensible.

Des milliers d'emplois en jeu

Ainsi, 15 000 tavernes sont menacées de fermeture, selon deux syndicats professionnels représentant 34 000 débits de boisson et plus de 5 000 boutiques de vente, si aucune mesure n'est prise. Ce sont souvent de toutes petites entreprises tenues par une seule personne qui fait vivre ainsi sa famille. La situation est tout aussi difficile pour les boutiques de vente. Toujours selon les syndicats, 500 exploitants ne sont plus en mesure de payer leur loyer. Or, la fermeture de leur magasin entraîne le retrait de la licence de vente et 3 000 emplois sont en jeu.

Les brasseurs indépendants d'Afrique du Sud s'inquiètent quant à eux des conséquences sur leurs stocks. "Il y a des dates de péremption pour la bière", explique Patricia Pillay, la représentante de la Beer Association of South Africa."Chaque interdiction impacte nos stocks, et là ils atteignent leur date limite de vente. Il va falloir les jeter."

Les fûts s'entassent dans les brasseries, comme à la "Mad Giant Brewery à Johannesburg, le 15 janvier 2021. (LUCA SOLA / AFP)

Il faut savoir que le pays compte plus de 200 micro-brasseries. Depuis une dizaine d'années, la bière artisanale connaît un franc succès dans un pays dominé par le géant SAB. Patricia Pillay précise que les deux premiers confinements ont eu un impact catastrophique pour la filière qui a déjà perdu 7 400 emplois et 14 milliards de rands (700 millions d'euros) de chiffre d'affaires. Selon elle, le tiers des brasseries ont déjà fermé leurs portes.

La viticulture menacée

Dans la province de Western Cape, l'interdiction de la vente d'alcool frappe un acteur majeur de l'économie, le vin. C'est le plus gros secteur d'exportation de la province qui représente 6,5% de ses exportations. La viticulture sud-africaine a su se faire une place dans le monde et rivalise désormais avec les meilleurs. La vigne s'étend sur près de 100 000 hectares, emploie 45 000 personnes et en fait vivre cinq fois plus.

Vinpro, une organisation qui regroupe 2 000 vignerons de la province, a saisi la justice afin d'obtenir le retrait de l'interdiction. L'audience est prévue le 5 février.

Vignoble à Franschhoek dans la province du Western Cape en Afrique du Sud. (PLANCHARD ERIC / HEMIS.FR / HEMIS.FR)

Selon Alan Winde, chef du gouvernement de la province de Western Cape, l'impact sur l'économie de la région s'élève déjà à un milliard de rands (50 millions d'euros) et devrait atteindre le double à la fin du mois. Alan Winde préconise l'autorisation de la vente à emporter les quatre premiers jours de la semaine. Le gouvernement provincial demande également que la vente soit autorisée dans les domaines viticoles le week-end, car ces ventes ont un impact direct sur le tourisme du vin.

Contrebande

Etonnamment, la population semble étrangère au débat. Il n'y a pas ou peu de réactions dans les journaux ou les réseaux sociaux. Or, les précédentes interdictions avaient entraîné par anticipation une ruée dans les magasins vendant de l'alcool, mais également des pillages. La population s'est-elle résignée, ou a-t-elle trouvé d'autres circuits d'approvisionnement ?

Selon la South African Liquor Brandowner's Association, la contrebande d'alcool est florissante. 15% du marché serait désormais détenus par le commerce illicite ou le crime organisé, un chiffre invérifiable. La police de la province de Western Cape annonce de son côté l'arrestation en une semaine de 74 personnes transportant de l'alcool.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.