Afghanistan : les réponses de Maryse Burgot, grand reporter à France Télévisions, à vos questions sur ses reportages

Maryse Burgot a été l'envoyée spéciale de France Télévisions pendant deux semaines en Afghanistan. Elle répond à vos questions, mercredi 13 octobre, dès 14 heures.

Un taliban, armé, surveille l\'entrée d\'un hôpital qui prend en charge les blessés après une explosion à Kaboul (Afghanistan), le 3 octobre 2021.
Un taliban, armé, surveille l'entrée d'un hôpital qui prend en charge les blessés après une explosion à Kaboul (Afghanistan), le 3 octobre 2021. (HOSHANG HASHIMI / AFP)
Ce qu'il faut savoir

De Kaboul, la capitale, à Kandahar, Maryse Burgot a multiplié ces derniers jours les reportages sur les conditions de vie en Afghanistan depuis l'arrivée au pouvoir des talibans. De retour en France, elle a répondu pendant une heure à vos questions dans le live de franceinfo.fr, mercredi 13 octobre. 

La résistance des femmes. Elles sont les premières victimes depuis la prise de pouvoir des fondamentalistes afghans. Interdiction de travailler, d'étudier, de se maquiller, autant d'interdits que bravent certaines femmes au risque de leur vie.

Une famille obligée de vendre un enfant. Un grand nombre d'Afghans démunis fuient les campagnes afin de rejoindre la capitale dans l'espoir de trouver un travail. Parfois, la misère les pousse à l'insoutenable. Dans l'un de ses reportages, Maryse Burgot évoque le cas d'une famille, obligée de vendre un bébé de moins de deux mois dans la capitale afghane pour pouvoir nourrir ses autres enfants. 

Un risque de famine selon l'ONU. Près de la moitié de la population afghane dépend de l'aide humanitaire. Depuis l'arrivée des talibans, cette aide n'arrive plus et la famine s'étend. Les premiers touchés sont les enfants. Conséquence : les inscriptions dans les écoles se multiplient, non pas pour étudier, mais parce que des repas gratuits sont distribués aux élèves.

Retrouvez ici l'intégralité de notre live #AFGHANISTAN

15h29 : Bonjour Maryse, merci pour votre travail admirable. Continuez, ne lâchez rien !

15h29 : Bravo Maryse pour votre engagement et votre courage !

15h53 : Je salue le travail de Maryse Burgot, sans laquelle nous n'aurions pas d'informations fiables. Continuez ainsi Maryse et prenez soin de vous !

15h28 : Le chat avec Maryse Burgot, grand reporter de France Télévisions de retour de 15 jours en Afghanistan, est terminé. Mais des messages la félicitant me parviennent toujours.

15h04 : C'est toujours très riche de parler avec vous qui nous regardez. Merci d'avoir pris le temps de poser des questions. Je considère que ce métier est un privilège malgré les dangers. Je vous remercie de votre intérêt.

15h01 : Bonjour @Phil Barney. Après notre tournage, nous avons contacté une association afghane qui s'occupe de femmes en grand danger. Nous leur avons expliqué l'histoire de ce couple et leur avons demandé d'aller les voir dans le camp de déplacés où ils se trouvent. Cette association l'a fait et a permis que la famille ne vende pas son enfant. Ce couple attend désormais de pouvoir rejoindre sa ville natale. Des bus doivent être affrétés dans les jours qui viennent pour que les centaines de déplacés rentrent chez eux. Les gens qui achètent des enfants sont des couples aisés de Kaboul qui ne peuvent pas avoir de bébé. Ils font le tour des camps de déplacés pour repérer des familles vulnérables.

15h05 : Bonjour Maryse. Merci pour vos reportages en Afghanistan. J'ai été très touché par celui où une famille envisage de vendre son bébé. Avez-vous de leurs nouvelles ? Et pouvez-vous nous en dire plus sur ceux qui achètent des enfants ?

14h56 : Bonjour @jusqu'ou ? Les pompiers prennent des risques quand ils vont au feu. Cela ne les empêche pas d'essayer d'éteindre le feu. Les journalistes ont une mission : celle d'informer. Donc malgré les risques, il est essentiel que nous puissions couvrir ces pays. Les autorités françaises, si nous les écoutions, nous n'irions nulle part. Et qui, dans ce cas, vous informerait sur la situation actuelle en Afghanistan ? Je maintiens donc la nécessité pour la presse de se rendre dans les pays en crise. Tout en sachant que nous nous comportons comme des gens responsables. Nous avons des protocoles de sécurité établis avec nos supérieurs hiérarchiques. Nous les suivons à la lettre.

14h55 : Les "dangers sont nombreux" et les "risques de kidnapping" en particulier. En cas d'incident, on compte sur la diplomatie française, voire les forces spéciales pour s'en sortir? Où se situe la frontière entre le risque acceptable et celui inconsidéré ? Les autorités françaises sont-elles préalablement consultées ? Le "devoir d'informer" autorise-t-il toute forme de danger pour vous ? Merci.

14h47 : Bonjour @Ginie02. Cela dépend de l'endroit où nous sommes. Par exemple, à Kandahar, fief historique des talibans, les femmes prennent place systématiquement dans les coffres des voitures. Elles ne peuvent jamais s'installer sur les sièges. Seuls les hommes ou les enfants y prennent place. Inutile de vous dire que là, les hommes ne se battent pas pour les droits des femmes. En revanche, à Kaboul, j'ai rencontré un directeur d'école qui refuse de fermer les classes pour les filles âgées de 12 à 17 ans alors que c'est une injonction des talibans. Il risque sa vie en faisant cela mais il considère que c'est son devoir d'agir pour l'éducation des filles.

14h47 : Bonjour madame Burgot, comment réagissent les hommes afghans par rapport à la condition de leur épouse, sœur, etc ?

14h38 : Bonjour . Oui, la situation est très différente d'une ville à l'autre. Par exemple, à Kaboul, la capitale, de nombreuses femmes ne portent pas la burqa. Alors qu'à Kandahar, le fief historique des talibans, toutes les femmes la portent. D'ailleurs à Kaboul, il y a un début de résistance aux fondamentalistes alors qu'à Kandahar le soutien est massif à l'égard des talibans. Kaboul est en fait très occidentalisée donc il est très compliqué pour les talibans d'imposer leur vision de la femme. Les mois qui viennent vont être décisifs pour voir quelle gouvernance ils vont mettre en place. Charia dure comme dans les années 1990 ou aménagée ? En fait, les talibans ne sont pas d'accord entre eux. Il y a plusieurs courants : les durs et les pragmatiques. Ces derniers se disent que le pays va sombrer sans le soutien de l'Occident.

14h40 : Bonjour. Pouvez-vous nous dire si la situation des femmes est différente entre Kaboul et les villes de province, par exemple sur le port de la burka ? Et qu'en est-il de la situation des jeunes filles au lycée ou à l'université ?

14h37 : Bonjour @Marco. Non, pas du tout. Nous n'avons pas travaillé avec des talibans sur le dos. Aucune surveillance. Je dirais même que nous les avons beaucoup sollicités, pour des interviews, des tournages dans les ministères, mais que le plus souvent ils se défilaient. Par exemple, le ministère de la Répression du vice et de la Promotion de la vertu m'intéressait beaucoup. Mais impossible de rentrer : en fait, c'est pour l'instant une coquille vide. Des locaux sans véritables responsables. Beaucoup de gens compétents ont fui le pays. D'où la difficulté pour les talibans à gouverner.

14h36 : Bonjour Maryse Burgot. Etes-vous surveillée ou accompagnée de près par les talibans sur le terrain, ou alors libre de travailler ?

14h24 : Bonjour @Ju2. Non, je n'ai pas eu peur. Quand on accepte une mission comme celle-ci, on sait où on va donc on choisit en connaissance de cause. Personne au sein de France Télévisions ne m'a imposée cette mission en Afghanistan. Je l'ai acceptée sans réticence. Non, globalement, je n'ai pas peur mais je suis parfaitement consciente des dangers et ils sont nombreux. Il y a un grand danger en ce moment en Afghanistan : ce sont les attentats terroristes menés par le groupe Etat islamique et les risques de kidnapping. En ce sens, ce pays reste très dangereux. Avec mon équipe, nous sommes donc restés en alerte en permanence.

14h26 : Bonjour et bravo pour votre travail. N'avez-vous pas eu peur de faire vos reportages sous le régime des talibans ?

14h18 : Bonjour . De façon étonnante, je n'ai pas trouvé si compliqué de tourner avec les talibans. Ils sont dans une démarche de conciliation avec la communauté internationale, donc ils essaient de ne pas maltraiter les journalistes étrangers. Cela ne les empêche pas d'être misogynes, extrémistes dans leurs propos. Je m'attendais à plus d'agressivité de leur part. Globalement, ce n'était pas le cas. Ils cultivent une "bienveillance" de façade.

14h12 : Merci pour vos reportages. Avez-vous eu des difficultés pour faire ceux-ci ? Car les talibans semblent autoriser quelques journalistes sur le "terrain".

14h11 : Bonjour @mahe. Certains talibans refusaient de me regarder quand je faisais des interviews avec eux. D'autres étaient plus ouverts. Nous avons été sidérés avec mon équipe quand des combattants talibans nous ont demandé de faire une photo avec eux après un tournage. Mais ils ont spécifié que je ne devais pas être sur la photo. Si ce n'était pas dramatique, on pourrait presque en rire.

14h11 : Comment les talibans traitent-ils les femmes occidentales ?

14h10 : Bonjour @Gerson. Traumatisante, non. Forte, oui. Je me souviendrai de l'image de cette maman qui envisageait très sérieusement de vendre son bébé. Elle et son mari avaient besoin d'argent pour nourrir leur fils aîné. Le peuple afghan se trouve dans une misère effarante et déchirante. Pour ce qui est des émotions, ce sont les gens qui souffrent, pas les journalistes. Aucune raison de se plaindre.

14h05 : Bonjour Madame Burgot, quelle est l'image la plus forte, voire la plus traumatisante, que vous gardez en mémoire de votre dernier reportage ? Et êtes-vous parfois rattrapée par vos émotions face à ce que vous observez sur place ?

14h03 : Maryse Burgot, grand reporter à France Télévisions, vient de s'asseoir près de moi. De retour d'Afghanistan, où elle a passé quinze jours, elle va pouvoir répondre à vos questions. N'hésitez pas à nous écrire.