Afghanistan: la difficile reconstruction, 15 ans après l'offensive américaine

L'insécurité reste le fléau numéro un en Afghanistan. La violence continue à faire des milliers de victimes civiles freinant la reconstruction du pays, malgré les 13,5 milliards d’aide internationale qui viennent d'être alloués sur 2017-2020. Amnesty international estime à 1,2 million les Afghans déplacés, depuis 2013, à l’intérieur du pays.

Les résidents de Kunduz quittent la ville, le 5 octobre 2016, au milieu des combats en cours entre les talibans et les forces de sécurité afghanes.
Les résidents de Kunduz quittent la ville, le 5 octobre 2016, au milieu des combats en cours entre les talibans et les forces de sécurité afghanes. (BASHIR KHAN SAFI / AFP)

Le 5 octobre 2016, un attentat-suicide contre un minibus de fonctionnaires a blessé quatre personnes à Kaboul. Au même moment, des affrontements se poursuivaient à Kunduz (nord), en proie depuis plusieurs jours à une nouvelle offensive des talibans. Profitant du retrait de la majorité des forces de l'Otan, fin 2014, les combattants islamistes avaient déjà pris birèvement le contrôle de la ville en septembre 2015.

Cette nouvelle démonstration de force talibane a alimenté les discussions à Bruxelles, où les dirigeants de pays occidentaux, dont l'UE et les Etats-Unis, participaient, les 5 et 6 octobre, à une conférence sur l'Afghanistan. Les pays donateurs qui se sont engagés à verser 3 milliards de dollars par an jusqu'en 2020, ont martelé qu'un tel niveau d'insécurité pour les Afghans empêchera le succès des réformes et de décollage économique du pays, gangrené par la corruption et un chômage à 40%.

Une aide internationale colossale
Selon Frederica Mogherini, haute représentante de l'UE pour la politique étrangère et de sécurité commune et vice‑présidente de la Commission, l'UE et ses 28 membres se sont engagés collectivement à hauteur de cinq milliards d'euros sur 2017-2020, soit un gros tiers des 13,5 milliards de l'aide totale. Une bonne partie de ce soutien pluriannuel provient de l'Allemagne (1,7 milliard), la France s'étant engagée, elle, à verser 100 millions sur cinq ans, selon des sources nationales. Après l'UE et les Etats-Unis, le troisième tiers de l'aide est assuré par une contribution japonaise.

Depuis 2002, l'aide des Etats-Unis à l'Afghanistan a atteint plus de 1.100 milliards de dollars (aide militaire inclue), selon le service de contrôle des dépenses du Congrès américain (Sigar) qui signale régulièrement des abus et des fraudes. Cette somme est répartie «à 80% dans les poches américaines» assurent des observateurs européens – sous forme de soldes des militaires, contrats, missions de maintenance, consultants divers, etc. La corruption, endémique, en a aussi absorbé une partie. 

Lourd bilan humain dans 31 des 34 provinces
Un record de plus de 5.100 victimes civiles dont 1.600 morts a été enregistré au seul premier semestre 2016, selon les Nations Unies. En 2015, le bilan était de 11.000 morts et blessés dans des attentats ou lors de combats entre insurgés et forces gouvernementales et occidentales.

Impossible toutefois d'établir le bilan humain des quinze dernières années. La Mission d'assistance de l'ONU à l'Afghanistan (Manua), qui n'a commencé son comptage qu'à partir de 2009, a enregistré 23.000 morts et 41.000 blessés. 

A ce jour, 1,2 million d'Afghans sont déplacés à l'intérieur du pays, un chiffre qui a explosé depuis 2013 en raison de l'insécurité (Amnesty International). Quelque 2,4 millions de personnes sont toujours réfugiées au Pakistan qui les pousse au départ, et près d'un million en Iran (UNHCR). Selon des estimations citées par le Norwegian Refugees Council et confirmées par les autorités, 70% de la population des grandes villes afghanes, dont Kaboul, vit dans des bivouacs de fortune.

Un mois après les attentats du 11-Septembre 2001 qui ont fait 3.000 morts, les Etats-Unis déclenchaient une «guerre contre le terrorisme» et les talibans en Afghanistan. L'intervention militaire américaine dans ce pays est devenue la plus longue depuis la guerre du Vietnam. Et la plus coûteuse aussi, dépassant les 1.000 milliards de dollars.