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Afghanistan: des mollahs au service de la contraception

Une ONG britannique a décidé de s'appuyer sur les imams et les mollahs pour faire comprendre aux Afghans la nécessité de contrôler les naissances. Avec un fort taux de fécondité et une importante mortalité liée aux grossesses, la contraception devient un enjeu de santé en Afghanistan. Mais la société patriarcale et conservatrice complique les avancées en matière de contraception.
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Un cours d'éducation à la contraception de l'ONG Marie Stopes International, le 19 mars 2016 à Mazar-i-Sharif, en Afghanistan. (FARSHAD USYAN / AFP)

«Quatre enfants, ça suffit», lance une jeune Afghane. Pour ne plus tomber enceinte, elle se fournit désormais en pilules auprès d'une ONG spécialisée dans le contrôle des naissances, Marie Stopes international (MSI), qui s'est alliée aux influents mollahs, pour faire admettre la contraception.

Comme il n’existe aucune information sur le planning familial en Afghanistan, l’ONG compte sur l’influence considérable des mollahs dans la société, très conservatrice, pour expliquer les méthodes de contraception. Une tâche qui se révèle compliquée car bon nombre d'entre eux y sont opposés.

«Certains mollahs nous disent que le contrôle des naissances est totalement "haram" (proscrit par l'islam, NDLR), alors nous leur demandons de produire les textes religieux qui le prouvent, mais ils n'existent tout simplement pas!», raconte le Dr Bashardost, responsable de Marie Stopes.

Interrogé par l'AFP, le mollah sunnite Kamalullah Hamid de Kaboul n'est a priori pas contre la contraception «si les parents pensent qu'ils n'auront pas de quoi nourrir un nouvel enfant». Mais il prévient que «le but premier du mariage est de procréer et non de s'amuser».

L’ONG a installé son minibus, que l’on peut voir sur cette vidéo, devant une madrassa, une école coranique réservée aux femmes.

La directrice de la madrassa, Batoul Mahadiyar, est elle-même mollah et a été formée par Marie Stopes International. Aujourd'hui, elle informe les femmes du quartier de 18 à 45 ans sur les moyens d'espacer les naissances en conformité avec l'islam. L'espacement des naissances permet d'élever des enfants «en bonne santé», assure-t-elle.

Un des plus forts taux de fécondité en Asie
A l'arrière du minibus de l'ONG garé dans un quartier pauvre de Mazar-i-Sharif, dans le nord de l'Afghanistan, une employée tend un panier où reposent un stérilet, une plaquette de pilules, un implant contraceptif et des préservatifs à une jeune Afghane. Celle-ci opte pour la pilule. L'ONG vend la plaquette 20 afghanis (environ 30 centimes), mais ses conseils sont gratuits.        

Par ses actions, l’ONG contribue à réduire le taux de fécondité galopant des Afghanes. Selon la Banque mondiale, en 2014, elles donnaient naissance à 4,8 enfants chacune, un peu moins qu'en 2011 (5,5), mais toujours l'un des taux les plus élevés du continent asiatique.
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D’après un reportage du Guardian, auprès d’imams défendant la contraception, les Afghanes font face à une pression sociétale importante pour donner naissance à de nombreux garçons, signe de richesse. Ces grossesses à répétition représentent un véritable danger pour leur santé. Une femme sur 50 décède suite à une grossesse d'après le Guardian

Menaces des Talibans
Les mollahs qui prônent un contrôle des naissances s’exposent donc à des critiques et menaces des Talibans. «Des imams comme moi disparaissent et personne ne les recherche», explique au Guardian Mansour Mahsoom, un religieux qui participe à des programmes de Marie Stopes International.

L’ONG dispose d'antennes dans de nombreuses provinces afghanes où les combats font rage entre l'armée et les Talibans. Pour ces derniers, les imams collaborent avec l’Occident en prenant part aux programmes de MSI. D’après le Guardian, certains religieux ont même reçu des appels et des lettres anonymes les menaçant.

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