VIDEO. "Il n'y a pas de marché, pas d'eau, pas d'hôpital" : dix ans après le séisme à Haïti, les survivants sont oubliés de tous

Herlande Mitile, Haïtienne de 36 ans, a été laissée handicapée par le séisme qui a détruit Haïti en 2010. Elle estime que les rescapés ont été abandonnés par l'Etat.

Il y a dix ans, le 12 janvier 2010, un séisme de magnitude 7 dévastait Haïti, faisant plus de 200 000 morts et de nombreux blessés. Herlande Mitile, aujourd'hui 36 ans, a été extirpée des décombres, huit jours après la secousse, vivante, mais grièvement blessée. "Le médecin m'avait dit que si je suivais une kinésithérapie, je pourrais marcher à nouveau, raconte cette ancienne commerçante, pour tel traitement, il faut aller en ville. Il faut l'argent pour le transport et je n'ai rien." "C'est ce qui fait que je suis devenue plus handicapée ici", déplore-t-elle, plaques de métal vissées à sa hanche et à sa colonne vertébrale.

"Il n'y a pas d'Etat"

Car la reconstruction d'Haïti est loin d'être terminée. "Il n'y a pas de marché, pas d'eau, pas d'hôpital." De nombreux chantiers publics destinés à loger les rescapés sont restés inachevés après le scandale "Petrocaribe", une affaire de corruption qui a provoqué une explosion de colère populaire depuis 2018. Dans le village Lumane Casimir, désormais autogéré, les habitants se sentent oubliés des politiciens. "Si on avait dû attendre leurs promesses, on ne serait pas en vie (...) Il n'y a pas d'Etat, je suis mon propre Etat", conclut Herlande Mitile.

Herlande Mitile, Haïtienne de 36 ans laissée handicapée par le séisme du 12 janvier 2010, chez elle, près de Port-au-Prince (Haïti).
Herlande Mitile, Haïtienne de 36 ans laissée handicapée par le séisme du 12 janvier 2010, chez elle, près de Port-au-Prince (Haïti). (CHANDAN KHANNA / AFP)