En Charente-Maritime, "c'est typique d'avoir un séisme de magnitude 5 tous les quinze-vingt ans"

Francetv info a interrogé le sismologue Jérôme Vergne après le tremblement de terre ressenti, jeudi matin, dans l'ouest de la France. 

Capture d\'écran d\'une carte localisant l\'épicentre du séisme de magnitude 5 qui a secoué la Charente-Maritime, jeudi 28 avril 2016. 
Capture d'écran d'une carte localisant l'épicentre du séisme de magnitude 5 qui a secoué la Charente-Maritime, jeudi 28 avril 2016.  (RENASS / FRANCETV INFO)

La secousse a réveillé La Rochelle et ses alentours. Un séisme "significatif" a fait trembler la Charente-Maritime, jeudi 28 avril à 8h46, rapporte le Réseau national de surveillance sismique (RéNaSS). Dans le département, de très nombreuses personnes ont ressenti ce tremblement de terre, dont l'onde s'est diffusée à plusieurs kilomètres à la ronde.

Francetv info a interrogé Jérôme Vergne, sismologue à l'Ecole et observatoire des sciences de la Terre à Strasbourg, pour décrypter le phénomène. 

Francetv info : on entend plus souvent parler de séismes dans les Alpes ou les Pyrénées. La localisation de la secousse de ce matin est-elle surprenante ? 

Jérôme Vergne : non, nous ne sommes pas surpris. On enregistre, presque tous les jours, de petits séismes dans toute la partie ouest de la France, dans ce qu'on appelle le Massif armoricain et en dessous, jusqu'à la Vendée ou la Charente-Maritime. C'est une zone sismique connue, même si elle l'est moins que les Pyrénées et les Alpes. Il y a d'ailleurs déjà eu des séismes similaires à celui-ci : en 2005, sur l'île d'Oléron, on en avait eu un de magnitude 4,7 et en 1972, il y avait eu une secousse de 5,2 – voire 5,7. Si on remonte plus au Nord, on avait beaucoup parlé du séisme de 2002 à Lorient, où l'on avait atteint la magnitude 5,7. Ces secousses-là sont rares, mais elles existent. D'après ce qu'on connaît de la région, c'est typique d'avoir un séisme de magnitude 5 tous les quinze-vingt ans. On ne pouvait simplement pas prévoir que ça allait se produire aujourd'hui. 

De quelle zone sismique s'agit-il exactement ? 

Toute la France métropolitaine est située sur la plaque Eurasie. Mais pour ce séisme, on n'est pas sur une limite de plaques tectoniques. La limite entre la plaque Eurasie et la plaque Afrique se situe plus au sud, au niveau de la chaîne de l'Atlas. C'est une zone qui présente en revanche de nombreuses failles très anciennes, probablement générées il y a plus de 300 millions d'années, à l'époque dite hercynienne. Ces failles, toujours présentes, constituent des zones de faiblesses dans la croûte terrestre. Même si on est loin de la zone de contact entre les deux grandes plaques tectoniques, elles se déforment, en arrière, très lentement. Cela suffit pour que, parfois, une de ces failles rompe et génère un séisme. 

La secousse de ce matin a été mesurée à 5 sur l'échelle de Richter. Qu'est-ce que cela signifie sur le terrain en terme de dégâts et de ressenti ? 

Sur la base des témoignages qu'on a déjà recueillis sur franceseisme.fr, ce tremblement de terre a été ressenti à plusieurs centaines de kilomètres de son épicentre – jusqu'à Nantes, Bordeaux, voire Limoges ou Tours. Une secousse forte a été ressentie dans la zone proche de l'épicentre. Plusieurs témoignages font état d'une espèce de "boum", comme une explosion ou un passage de camion. Il y a aussi peut-être eu de légers dégâts sur des bâtiments très vulnérables, comme des fissures dans le plâtre. 

Beaucoup d'habitants ont en effet évoqué une explosion. De quoi s'agit-il exactement ? 

En fait, une partie de l'onde sismique émise au moment du séisme, en profondeur, se convertit en onde sonore en atteignant le sol. C'est ce bruit que les gens perçoivent, quasiment en même temps que le mouvement. Ce phénomène s'observe souvent lors de séismes importants. Mais on a du mal à bien l'étudier, car nos capteurs sismologiques n'enregistrent que le mouvement du sol. 

Faut-il s'attendre à des répliques ? 

Avec un séisme de cette ampleur, il est possible d'en avoir. Généralement, les répliques se produisent dans les minutes, les heures ou les jours qui suivent le séisme principal. Pour le moment, on n'en a pas encore enregistré – ce qui ne veut pas dire qu'il n'y en aura pas. Il faut tout de même savoir que les répliques sont souvent plus faibles que le séisme principal. Il est donc problable que certaines d'entre elles ne seront même pas ressenties par la population.