Dix ans après le séisme en Haïti, "on a l'impression que rien n'a été fait", juge un géographe

Jean-Marie Théodat, géographe enseignant à l'université Paris I et à l'université d'État d'Haïti, déplore que l'argent des dons a été mal utilisé notamment. 

Haiti dans les hauteurs autour de Port-au-Prince qui se trouve en bas vers la mer.
Haiti dans les hauteurs autour de Port-au-Prince qui se trouve en bas vers la mer. (NATHANAEL CHARBONNIER / FRANCE-INTER)

"Le drame lorsque l’on visite aujourd’hui Port-au-Prince, c'est qu'on a l’impression que rien n’a été fait" a regretté dimanche 12 janvier sur franceinfo Jean-Marie Théodat, géographe enseignant à l'université Paris I et à l'université d'État d'Haïti. Le 12 janvier 2010, un séisme de magnitude 7 a ravagé la capitale d'Haïti et ses environs, faisant plus de 200 000 victimes. Pour le géographe, les stigmates de ce séisme sont encore bien visibles, "notamment dans le centre-ville, il y a de nombreuses dents creuses, on voit même parfois des restes de décombres d’il y a dix ans. Je pense qu’on n’a peut-être pas fait le dixième de ce qui était à faire".

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A la suite de ce tremblement de terre, plus d'un million et demi d'Haïtiens s'étaient retrouvés à la rue. "Les gens ont été parfois relogés à très peu de frais, dans de véritables taudis, déplore Jean-Marie Théodat. On a plutôt l’impression que l’on a déplacé les taudis, que l'on a étendu en quelque sorte le domaine des quartiers défavorisés, plutôt que l’on a véritablement reconstruit la capitale". Le géographe fustige par ailleurs la prise en charge des quelques 300 000 blessés : "Là où on aurait pu sauver peut-être parfois des personnes, on les a amputés pour aller plus vite. Beaucoup de personnes sont restées avec non seulement le corps meurtri, mais l’âme définitivement blessée".

Des dérives avec l'argent des dons 

Si Jean-Marie Théodat salue "l'élan de solidarité, en particulier dans le monde francophone" qui eu lieu après le séisme en 2010, il évoque toutefois de possibles "excès dans la prise en charge par les ONG" : "On a parfois parlé de la République des ONG pour parler d’Haïti, c’est-à-dire que l’aide a été immédiate, massive, mais malheureusement mal organisée, mal distribuée". Le géographe se demande "si cet argent a été utilisé à bon escient" .

Depuis 2010, il y a eu d’autres catastrophes dans le monde, il y a eu surtout un changement de la conjoncture internationale qui fait qu’Haïti n’est plus du tout une priorité. Nous sommes sortis des radars de la charité internationale et aujourd’hui le pays se débat tout seul avec des difficultés énormes.Jean-Marie Théodatà franceinfo

Des difficultés notamment politiques avec une crise politique et économique qui touche le pays, mais qui n'est pas récente selon Jean-Marie Théodat. "Il y avait une misère, une pauvreté, le pays venait de subir en 2008 le passage de quatre cyclones majeurs, qui avaient dévasté des pans entiers de l’économie" explique-t-il. Pour le géographe, "ce n’est pas la catastrophe de 2010 qui explique la situation de chaos que nous vivons aujourd’hui. Force est de constater que les problèmes qui existaient avant la catastrophe n’ayant pas été pris en compte, nous n’avons fait que reconstruire sur du mou. On a un cautère sur une jambe de bois, ce qui explique qu’aujourd’hui Haïti va très mal".