Sécheresse et canicule : "Les paysages forestiers vont changer, c'est évident", explique Laurent Tillon de l’Office national des forêts

Les forêts françaises subissent les effets du dérèglement climatique. Les paysages forestiers vont se modifier indique le responsable biodiversité de l’Office national des forêts avec notamment des arbres qui poussent moins haut et moins vite, et un risque incendie de plus en plus important.

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Radio France
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Des arbres brûlés après les feux de forêt survenus cet été 2022  près de Landiras en Gironde, le 29 juillet 2022. (THIBAUD MORITZ / AFP)

"La forêt a soif et elle a chaud", déplore Laurent Tillon, responsable biodiversité de l’Office national des forêts (ONF), vendredi 5 août sur France Inter. Selon lui, "ce n'est pas la première fois", les arbres ont l'habitude de "subir" des coups de chaud et des sécheresses, "mais le problème c'est que ça se cumule avec des intensités de plus en plus fortes depuis une vingtaine d'années". Pour Laurent Tillon, ces phénomènes sont directement liés au dérèglement climatique et affectent très fortement les forêts d'aujourd'hui et les paysages forestiers de demain.

Les arbres "poussent moins vite et moins haut" avec la sécheresse

"L'eau est indispensable à la croissance de l'arbre" et "s'il y a moins d'eau, il y a moins d'arbre", explique simplement Laurent Tillon. Dans les faits, "cela fait 20 ans que les arbres poussent moins vite" et pour l'expert cela ne fait aucun doute, "c'est lié au réchauffement climatique et à la diminution de la quantité d'eau dont ont besoin les forêts".

À Rambouillet, dans les Yvelines, l'accroissement annuel des arbres est ainsi passé, en 20 ans, de "4 m³ par hectare et par an" à "à peine 2 m³". "Les arbres poussent deux fois moins qu'il y a 20 ans", résume Laurent Tillon. Selon les prévisions de l'ONF, on se dirige également vers "la fin" des arbres "pouvant atteindre 40 à 45 mètres".

"Vous aurez toujours du chêne mais il sera moins haut. Il fera 20 à 25 m parce qu'il n'aura plus l'eau nécessaire pour atteindre des hauteurs de 45 m.

Laurent Tillon, Office national des forêts

sur France Inter

"Les paysages forestiers vont changer. C'est évident. Ils ne vont pas disparaître mais ils vont changer", prévient Laurent Tillon. Selon lui, il s'agit d'une réalité à prendre en compte d'un point de vue économique et écologique : "On sait qu'à l'avenir tout miser sur le bois va poser un problème d'approvisionnement."

"Le risque incendie va devenir un risque prioritaire"

Les feux de forêt se multiplient cet été 2022. Les incendies ayant déjà brûlé 47 000 hectares des 17 millions que compte la France. Laurent Tillon déplore que "la prise de conscience ne soit pas si évidente que cela". "J'ai l'impression que les gens entendent parler du changement climatique mais que beaucoup ne le comprennent pas. On ne voit pas beaucoup de changement de comportements", estime-t-il, alors que 90% des feux sont d'origine humaine.

Des pompiers interviennent pour éteindre les braises encore fumantes sur une parcelle située à Saint-Symphorien, dans le sud du département de la Gironde, le 19 juillet 2022. (THOMAS GIRAUDEAU / RADIO FRANCE)

Pour l'Office national des forêts, "cela signifie une attention de tous les instants". Face au "risque incendie qui va devenir un risque prioritaire", il va falloir, selon lui, "réfléchir et raisonner différemment la manière de gérer nos forêts""La période va nous y obliger", alerte le responsable biodiversité de l’Office national des forêts.

Préparer les forêts "à l'avenir qui nous attend"

"Avec l’Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement, la forêt privée et la forêt publique, on travaille de concert depuis des années pour commencer à préparer les forêts à ce qui est en train d'arriver et à l'avenir qui nous attend", affirme Laurent Tillon. Equipés d'outils qui permettent de prédire la manière dont vont évoluer les paysages français par rapport au niveau de sécheresse, ils étudient "les possibilités d'implanter des espèces qui permettront d'assurer l'avenir des forêts de demain".

>> "Cela va prendre une quarantaine d’années" : après les incendies en Gironde, la longue et coûteuse étape du reboisement

À force d'observer les écosystèmes, les réseaux naturalistes de l'ONF ont constaté "que les forêts qui sont les plus riches en biodiversité sont les forêts les plus résistantes à tous les aléas climatiques liés aux sécheresses et aux tempêtes", indique l'expert. "Elles tiennent plus facilement debout et ralentissent aussi la propagation des incendies", ajoute-t-il, convaincu que "la biodiversité est le moteur de tout". Laurent Tillon estime ainsi qu'il faut "laisser beaucoup de place à la résilience naturelle des écosystèmes forestiers" pour protéger nos forêts.

"Ce sont des démarches qu'on a déjà engagées, mais la difficulté c'est qu'on est sur des écosystèmes qui mettent du temps à se mettre en place et à s'installer alors qu'on n'a pas beaucoup de temps", nuance le responsable biodiversité de l’Office national des forêts.

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