Pollution due aux poussières de sable du Sahara : "On a eu un épisode un peu plus intense que d'habitude"

François Dulac, chercheur au laboratoire des sciences du climat et de l'environnement revient sur franceinfo sur l'"effet Sahara", qui donne une couleur jaunâtre au ciel et entraîne des pics de pollution aux particules. 

Une femme marche sur la plage de Quibéron le 16 décembre 2017.
Une femme marche sur la plage de Quibéron le 16 décembre 2017. (LOIC VENANCE / AFP)

Un ciel voilé, gris, jaunâtre, alors qu'il fait beau et qu'il n'y a aucun nuage à l'horizon ? C'est ce qu'on appelle l'"effet Sahara", ce sont des poussières de sable venues du désert et qui entraînent des pics de pollution aux particules. Des alertes à la pollution sont d'ailleurs en cours mardi 23 avril dans certains départements des Hauts-de-France et de Bretagne, tandis que le sud de la France reste en vigilance. "On a eu un épisode un peu plus intense que d'habitude", estime mardi sur franceinfo François Dulac, chercheur au laboratoire des sciences du climat et de l'environnement.

franceinfo : Comment se déclenche cet effet Sahara ?

François Dulac : C'est un phénomène bien connu lorsque la saison chaude recommence, car on a des phénomènes qui se créent sur l'Afrique avec le réchauffement des sols. Cela crée des dépressions et donc des vents forts, qui mettent des grains de sable en suspension, comme sur la plage. Ils vont percuter les sols, pulvériser les argiles, qui sont des particules. Cette pulvérisation par le sable en suspension va mettre des grandes quantités en suspension dans le sol, quelques centaines de milliers de tonnes. On a eu un phénomène un peu plus intense que d'habitude. Ce n'est pas un phénomène de circulation normal, on a plutôt en France une circulation d'ouest, en revanche on a régulièrement des dépressions qui créent un flux de sud. Quand on a des épisodes de chaleur, c'est toujours associé à des vents de sud, et généralement ils nous ramènent des poussières désertiques. On ne les voit pas forcément car elles sont généralement transportées en altitude, entre 1 et 4-5 kilomètres. Dans ce cas, elles sont associées à beaucoup de nuages et à un peu de précipitations, ce qui va les amener vers les basses couches.

L'effet Sahara aggrave-t-il la pollution de l'air ?

Ce sont plutôt ce qu'on appelle des particules grossières, de quelques microns, voire une dizaine de microns de diamètre. On mesure aujourd'hui les PM 10, les particules inférieures à dix microns. C'est un paramètre régulé par la qualité de l'air. Les poussières désertiques sont un contributeur majoritaire à cette qualité de l'air en particules PM 10. Si l'on s'intéressait aux particules plus fines, on observerait que la proportion de particules sahariennes est beaucoup plus faible.

Ce ciel chargé de sable pose-t-il problème pour les sols ?

Le sable finit par retomber avec la pluie. Souvent, on a de grosses pluies qui font qu'on ne s'en aperçoit pas. On s'en aperçoit souvent quand on a des petites pluies, qui font lessiver une grande partie des poussières, mais qui ne nettoient pas les surfaces sur lesquelles elles se déposent. C'est plus fréquent dans le sud de la France. Ca n'a pas tellement d'impact sur les sols car ce sont des composés naturels que l'on trouve dans les sols. En revanche, ça a des impacts sur le milieu marin, en particulier en Méditerranée, où ça va apporter des éléments nutritifs au plancton.