Pollution dans le métro parisien : "On a des seuils astronomiques, ce qu'on pourrait trouver à Pékin ou à New Delhi", dénonce le président de l'association Respire

La santé de dizaines de milliers de personnes "est mise en danger", réagit sur franceinfo le président de l'association Respire, à l'origine d'une étude sur la pollution aux particules fines dans le métro parisien. L'association n'exclut pas une action en justice contre la RATP.

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Radio France
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Une station de métro à Clichy (Hauts-de-Seine), le 8 avril 2020. (VICTOR VASSEUR / RADIO FRANCE)

L'association Respire n'exclut pas d'aller en justice contre la RATP. L'association dévoile mercredi 27 janvier une étude qui démontre que le niveau de pollution aux particules très fines est "préoccupant", avec parfois des pics qui dépassent de beaucoup les seuils d’alerte. "La RATP teste quelques systèmes mais les progrès sont infinitésimaux, beaucoup trop lents au regard de l'enjeu qui est la santé de millions de personnes", déclare sur franceinfo Olivier Blond, président de Respire.

franceinfo : votre étude indique que RATP ne fait pas assez pour améliorer la qualité de l'air dans les stations ?

Olivier Blond : Très exactement. Ça veut dire que aujourd'hui, dans de nombreuses stations de métro, on est à des niveaux de pollution qui correspondent à des pics de pollution en air extérieur : on dépasse les 50, 60 et 80 microgrammes par mètre cube. C'est très préoccupant, ça n'évolue pas et donc on se retourne vers la RATP, on leur demande d'agir depuis longtemps mais rien ne se passe.

Pourtant, la RATP dit que des données sont consultables en temps réel depuis 2018, dans trois stations représentatives, à savoir Franklin-Roosevelt sur la ligne 1, Châtelet sur 4, Auber sur le RER. Cela ne suffit toujours pas ?

Le problème, c'est que ces mesures sont assez fausses. On a utilisé des capteurs très précis du CNRS qu'on a placé au pied de ces stations de mesure de la RATP, et on a été un peu surpris. Le capteur de la RATP du métro Châtelet est encrassé. On a des photos, il n'a pas été entretenu depuis des mois. Il donne des résultats complètement incohérents. Celui de Franklin-Roosevelt marche à peu près et celui de Auber, qui est flambant neuf, ne transmet plus ces données depuis un an. D'après la RATP, c'est parce qu'il y a des travaux, mais en fait, ça veut dire qu'il y a encore plus de pollution et c'est effectivement ce qu'on a mesuré. On a des seuils astronomiques : là, on atteint 500 microgrammes par mètre cube, ce qu'on pourrait trouver à Pékin ou à New Delhi. La RATP refuse de communiquer les résultats de ce capteur qui est hyper pollué, devant lequel il y a des millions de personnes qui passent régulièrement.

Cette pollution aux particules fines vient-elle précisément du freinage des différentes rames de métro ?

Effectivement, la source principale de pollution dans le métro, c'est le freinage. C'est ce qui explique d'ailleurs que la pollution est plus importante sur les quais de RER parce que les trains sont plus gros, plus lourds et donc le freinage est plus violent. Dans certaines stations du RER A (Gare de Lyon, Auber, Châtelet), on a des niveaux vraiment très inquiétants. On demande à ce que la RATP protège la santé des utilisateurs. Il y a 4 millions de personnes qui prennent le métro chaque jour. Des dizaines de milliers de personnes à la RATP qui travaillent au quotidien 8 heures par jour. Il y a aussi des gens qui travaillent dans les magasins, qui sont exposés en permanence à cet air pollué.

"Le premier pas, ce serait de prendre la mesure du problème, d'arrêter de faire l'autruche en disant tout va bien."

Olivier Blond, président de Respire

à franceinfo

La RATP teste quelques systèmes mais les progrès sont infinitésimaux, beaucoup trop lents au regard de l'enjeu qui est la santé de millions de personnes.

Est-ce que le masque bloque cette pollution ?

Malheureusement, le masque chirurgical n'a aucun effet sur la pollution qu'on trouve dans le métro. L'essentiel de cette pollution est extrêmement fine, encore plus fine que celle qu'on trouve en extérieur car ce sont des particules métalliques issues du freinage. Le masque sert évidemment pour le virus, mais pas pour la pollution.

Envisagez-vous une action en justice ?

Très clairement, si tous les autres moyens pour inciter la RATP à agir échouent, faute de mieux, on en sera désolés, mais on ira peut-être en justice. C'est aussi pour cela qu'on a mené cette action avec le syndicat autonome de la RATP, parce qu'il représente des dizaines de milliers de personnes qui sont exposées toute la journée. Leur santé est mise en danger : il faut que cela cesse.

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