Polluants et chers, pourquoi les véhicules SUV séduisent-ils autant ?

Dans une étude publiée lundi 10 septembre, Greenpeace s'inquiète de l'impact écologique de l'automobile. L'association pointe notamment du doigt la part de marché de plus en plus élevée des SUV. Des voitures plus larges, plus élevées et plus lourdes, qui consomment donc plus.

Les SUV, des voitures plus hautes, plus larges, en apparence plus sécurisées... mais aussi plus polluantes.
Les SUV, des voitures plus hautes, plus larges, en apparence plus sécurisées... mais aussi plus polluantes. (FRED TANNEAU / AFP)

À l'occasion de l'ouverture du salon automobile de Francfort (Allemagne), mardi 10 septembre, l'association écologiste Greenpeace affirme que l'ensemble des voitures vendues dans le monde par les grands constructeurs en 2018 vont émettre autant de gaz à effet de serre que tous les habitants de l'Union européenne en une année. Greenpeace pointe notamment du doigt les SUV, voitures imposantes dont les ventes en Europe ont été multipliées par quatre en dix ans, passant de 8% à 32% en 2018. D'ici 2025, quatre voitures sur dix vendues dans le monde pourraient être des SUV, s'inquiète l'association.

En France, 40% des voitures vendues en 2018 étaient des SUV. Pourquoi ces véhicules sont-ils adoptés par de plus en plus de personnes, malgré leurs défauts ?

Le SUV, tête de gondole de tous les constructeurs

Pour Sophian Fanen, journaliste aux "Jours" et co-auteur de "SUV qui peut", ça ne fait aucun doute : si les SUV sont autant vendus, c'est parce qu'il est compliqué de trouver autre chose : "J'ai fait un tour des concessionnaires des différentes marques, en me faisant passer pour un consommateur lambda. On ne peut acheter que des petites citadines et des SUV. Entre les deux il reste quelques berlines, mais les monospaces et les familiales ont quasiment disparu."

Aujourd'hui, tous les constructeurs proposent des modèles SUV dans leur gamme. Et parmi les quelques 70 nouveaux modèles de voitures sortis en France en 2018, plus de la moitié (36) étaient des SUV.

La tendance des grosses voitures irait même au delà, selon Sophian Fanen : "On a constaté une tendance de fond. Les voitures sont de plus en plus imposantes. Même les petites citadines sont en train de grossir et de se réhausser."

Des publicités omniprésentes qui jouent sur des codes écologiques

"L'automobile est le deuxième annonceur publicitaire en France, tous médias confondus. C'est une force de frappe absolument hallucinante. Depuis quelques années il y a une offensive publicitaire massive avec les SUV." Pour Sophian Fanen, la publicité explique en grande partie les très bonnes ventes de ces véhicules. D'autant que les publicitaires ont trouvé exactement ce sur quoi jouer pour inciter les consommateurs.

À la télévision, tous les spots ou presque sont construits sur le même modèle. Des véhicules quittant la ville pour rejoindre la campagne et ses grands espaces, des paysages impressionnants et d'immenses falaises.

Comme ici avec ce spot pour un véhicule de la marque Renault :

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"Les voitures sont presque vendues comme des 4x4 alors qu'en fait c'est complètement l'inverse, ce sont des véhicules de tous les jours pour aller faire les courses ou aller au travail.Ces publicités renvoient un message proche de la nature et de liberté", détaille le journaliste des Jours. Paradoxal, quand on sait que ce sont des véhicules bien plus lourds que les berlines classiques et pesant jusqu'à deux tonnes, donc plus polluants.

Pour contrer l'influence de la publicité, Matthieu Orphelin, député de Maine-et-Loire voudrait l'interdire pour les véhicules les plus polluants. Pour Éric Leser, rédacteur en chef de la revue trimestrielle "Transitions & Énergies", cela ne changerait rien : "Je suis assez dubitatif. C'est compliqué de faire changer des comportements. Si on interdisait les publicités pour les SUV, les gens iraient se renseigner sur internet."

Des véhicules valorisants et sécurisants

"Le SUV, c'est le véhicule de la classe moyenne aisée. Des gens qui ont les moyens pour acheter des voitures relativement chères. Ça permet d'affirmer un statut, une certaine réussite sociale. Pour une partie de la population, c'est un marqueur. On achète un SUV comme on achetait une Mercedes ou une DS il y a 50 ans" analyse Éric Leser. Un point de vue que partage Sophian Fanen : "Le SUV c'est une voiture assez égoïste, qui donne l'impression d'être seul sur la route. À l'origine, les classes les plus aisées ont adopté ces véhicules parce qu'ils sont très gros, plus élevés. C'est l'idée d'être au-dessus : quand j'arrive au feu rouge, je suis plus haut que les autres. Et ça donne aussi un sentiment de sécurité."

Un sentiment de sécurité pas forcément fondé. Si on s'intéresse aux résultats des crash-tests de l’Euro NCAP, il n'y a pas vraiment de tendance qui se dégage. Dans les véhicules les mieux notés il y a aussi bien des SUV que des berlines, et c'est la même chose pour les mauvais élèves. Et quand bien même les SUV seraient plus sécurisés pour les occupants, il n'en est pas de même pour les piétons. Une étude américaine réalisée par le quotidien Detroit Free Press démontre qu'en cas de collision, les piétons ont deux à trois fois plus de risques de décéder s'ils sont percutés par un SUV ou un pick-up.