Pollution aux particules fines : il n'y a pas que les voitures

La circulation automobile ne représente que 15% des émissions en France. Le reste provient de l'industrie, de l'agriculture et du chauffage au bois. 

Vue du ciel de Paris et du périphérique de la porte de Bercy, lors du pic d\'alerte aux particules fines en Ile-de-France, le 14 mars 2014.
Vue du ciel de Paris et du périphérique de la porte de Bercy, lors du pic d'alerte aux particules fines en Ile-de-France, le 14 mars 2014. ( MAXPPP)
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Fabien MagnenouFrance Télévisions

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La mairie de Paris réfléchit à la mise en place de la circulation alternée jeudi 19 mars, à Paris. Mais, cette mesure peut-elle vraiment faire chuter la concentration de particules fines dans l'air ? Il y a un an, le 17 mars 2014, face à un pic de pollution aux particules fines, Paris et 22 communes franciliennes avaient fait l'objet de cette mesure d'urgence, faute de dispositifs en amont. Résultat : la circulation automobile avait baissé de 18%, mais la concentration en particules fines n'avait chuté que de 6%.

En effet, le secteur des transports routiers est loin d'être le seul à émettre des particules fines. Si ce secteur est bien responsable de 25% des émissions en Ile-de-France, sa part tombe à 15% au niveau national, selon les chiffres du Centre interprofessionnel technique d'études de la pollution atmosphérique (Citepa).

Alors que de nombreux automobilistes ont le sentiment de "payer" pour d'autres pollueurs, voici un état des lieux de l'émission des particules fines en France, hors transport routier.

Les émissions de particules fines PM10 ont grandement diminué depuis 1990, selon les chiffres publiés par le Citepa, en avril 2013.
Les émissions de particules fines PM10 ont grandement diminué depuis 1990, selon les chiffres publiés par le Citepa, en avril 2013. (CITEPA / DR)

Industrie : muscler les contrôles

En moyenne, l'industrie représente près du tiers des émissions de particules fines en France avec, en première ligne, les centrales de combustion, les producteurs de métaux et les raffineries. Si les émissions ont largement diminué au fil des ans, il existe toutefois de fortes disparités régionales. A ce titre, l'étang de Berre (Bouches-du-Rhône) et Le Havre (Seine-Maritime) sont particulièrement touchés.

Pour obtenir un agrément d'exploitation, un industriel doit s'engager à mettre en œuvre "les meilleures techniques disponibles". La directive européenne, révisée en 2011, impose une concertation entre les industriels, les scientifiques et les experts. Ceux-ci définissent lesdites techniques, recensées et délimitées par activité dans des documents techniques. Les usines sidérurgiques (PDF), par exemple, sont invitées à respecter des dizaines de règles. Il est ainsi conseillé de pulvériser de l'eau sur les matières premières pour éviter la diffusion des poussières, avec éventuellement des additifs tels que le latex.

"Il y a du mieux", reconnaît Sophie Fleckenstein, de France nature environnement (FNE). "La directive impose des systèmes de filtration à la sortie des cheminées d'usines, des transformations physiques ou chimiques des polluants... Elle prend maintenant aussi en compte les particules PM 2,5", plus petites que les particules PM10 jusqu'ici concernées. D'ici quelques années, les industriels risquent une condamnation en cas de non-respect de ces techniques. Encore faut-il pouvoir contrôler les infractions. Les Directions régionales de l'environnement manquent de moyens pour réaliser des analyses. Et puis "certains acteurs bataillent déjà pour échapper à la directive tandis que d'autres vont tenter d'obtenir des dérogations pour des raisons économiques."

Chauffage : démocratiser les appareils performants

La part du résidentiel et du tertiaire représente un autre tiers des émissions de particules fines au niveau national. En Ile-de-France, "le chauffage contribue à hauteur de 29 % aux particules PM10 et à 39 % aux particules fines PM2,5 (notamment à cause du chauffage au bois domestique)"selon Airparif et la Direction régionale et interdépartmentale de l'environnement et de l'énergie (Driee),

Le chauffage au bois connaît un regain d'intérêt en France. "La contrepartie, c'est que la biomasse [ndlr : ici le bois et ses dérivés] émet davantage de particules. Vous ne pouvez pas avoir le beurre et l'argent du beurre", résume Jérôme Boutang, directeur général du Citepa. Le gouvernement, lui, encourage le développement du chauffage au bois ou autres dérivés plutôt que le gaz ou le fioul, afin de lutter contre le réchauffement climatique. Des incitations fiscales ont été mises en place pour faciliter l'installation de tels équipements (crédit d'impôt de 50%, TVA réduite...). A condition de s'équiper d'un appareil au fort rendement énergétique et performant. 

A compter du 1er janvier 2015, il sera interdit de faire brûler du bois dans une cheminée à Paris et dans 435 communes d'Ile-de-France classées sensibles, prévoit un arrêté interpréfectoral de mars 2013 (PDF).

D'importants progrès sont réalisés sur les chaudières alimentées en biomasse. A ce titre, le label Flamme Verte 5 étoiles récompense, depuis 2000, des équipements très performants. La France ferait bien d'imiter les pays nordiques, passés maîtres dans l'art du chauffage propre. 

Agriculture : réduire les engrais et favoriser la pâture

Les automobilistes ne sont pas les seuls visés par une mesure d'urgence. Le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, a recommandé samedi aux agriculteurs de "restreindre ou reporter" les épandages d'engrais et les travaux au sol. Il faut dire que le secteur agricole et sylvicole représente à lui seul 20% des émissions. Une petite partie de ces particules est émise par le moteur des engins agricoles et lors des labours – qui libère de fines particules du sol.

Mais surtout, il y a l'utilisation massive d'engrais azotés, dont une partie vole au vent. Ces produits dégagent des gouttelettes d'ammoniac qui jouent le rôle de "précurseur" de particules fines, car des composés viennent ensuite s'y agréger.

"Les techniques évoluent", explique toutefois Jérôme Boutang. "Aujourd'hui, les dosages sont mieux proportionnés aux besoins de la plante, en fonction aussi de la météo. Et puis, ce sont des produits chers. La logique économique conduit les exploitants à faire attention." Ces arguments sont loin de convaincre François Veillerette, porte-parole de Générations futures. "Même si nous ne sommes plus au niveau atteint il y a une dizaine d'années, la quantité d'engrais utilisée reste bien trop élevée en France."

François Veillerette livre une autre explication plus étonnante. "L'urine des ruminants en pâture est séparée des effluents solides, puis bue par le sol. Pour les élevages sur du ciment, c'est très différent. Le lisier obtenu est ensuite épandu en grande quantité sur des surfaces cultivées. L'urine mélangée au solide reste en surface et dégage de grandes quantités d'ammoniac." A lui seul, l'élevage représente ainsi trois quarts des émissions d'ammoniac en France, selon ce document (PDF) de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), publié en 2012. Avec la crise de l'élevage, le phénomène de concentration risque de s'accentuer. Un entrepreneur du BTP envisageait ainsi de créer une ferme hors-sol de mille vaches dans la Somme.