Infographies Climat : la neige a recouvert moins de 40% de la surface des Alpes au mois de février, un record

Avant de revenir ces derniers jours, la neige avait disparu d'une grande partie des massifs alpins et pyrénéens pendant la quasi-totalité du mois de février. Du jamais-vu ces dernières décennies, à une telle période.
Article rédigé par Mathieu Lehot-Couette
France Télévisions
Publié
Temps de lecture : 5 min
Vue satellite des pistes de ski à Font-Romeu et aux Angles, dans les Pyrénées-orientales, le 14 février 2024. (COPERNICUS SENTINEL-2)

Son retour a sauvé la saison, titrait en une le quotidien Sud Ouest , vendredi 8 mars, dans son édition du Béarn. La neige est de nouveau tombée dans les montagnes françaises en cette fin de saison hivernale. Un soulagement pour les professionnels des sports d'hiver et leurs adeptes. Car cet hiver, les flocons se sont surtout distingués par leur absence.

Au mois de février, des records de faible enneigement ont même été enregistrés. Ce phénomène exceptionnel s'inscrit dans un contexte de réchauffement climatique provoqué par les activité humaines. Il a été mesuré par le Centre d’études spatiales de la biosphère (Cesbio). A partir d'images satellites, les chercheurs de ce laboratoire du CNRS parviennent à calculer la surface recouverte par la neige dans les Alpes et les Pyrénées.

"Des stations ont failli fermer"

Le graphique ci-dessous montre l'évolution au jour le jour de la surface enneigée dans les Alpes françaises et une partie des Alpes suisses. La courbe rouge, qui représente le niveau de cette saison, renoue désormais avec les valeurs de référence observées entre 1990 et 2021. Mais ce retour à la "normale" succède à une période particulièrement critique, avec 26 jours consécutifs en dessous des minimums connus, entre le 27 janvier et le 21 février. Sur la totalité du mois de février, la superficie au sol recouverte de neige dans les régions alpines était en moyenne de seulement 37,7%.

"Il est vrai qu'en février, nous avons battu les records de surface faiblement enneigée. C'est lié à un mois de février très doux. L'enneigement a été très faible voire inexistant dans les zones de moyenne et de basse altitude", explique Simon Gascoin, chercheur au sein du laboratoire Cesbio et architecte du modèle qui permet de mesurer les surfaces enneigées des grands massifs français. Les sommets les plus élevés sont en revanche restés très enneigés. "A haute altitude, au-dessus de 2000 m, nous avons des stocks de neige très abondants", explique le chercheur.

Dans les Pyrénées également, la neige a brillé par son absence. La chaîne de montagnes franco-espagnole a souffert de la sécheresse qui frappe la région. La surface enneigée du massif pyrénéen a battu des records à la baisse pendant 15 jours d'affilée, entre le 26 janvier et le 9 février.

Le retour de la neige à la fin du mois a tout de même permis de limiter les dégâts dans les stations de ski. "Il y a des stations, comme Formigal, en Espagne, qui ont failli fermer", note Simon Gascoin. Le chercheur juge finalement cet hiver comme "un peu particulier". "On a eu cette période de déneigement précoce puis il y a eu ces chutes de neige assez tardives qui ont changé la donne", résume-t-il.

L'ampleur du changement de décor peut se constater avec les photographies satellites des stations de Font Romeu et des Angles, dans les Pyrénées-Orientales, prises les 14 et 29 février. En deux semaines, le paysage est redevenu entièrement blanc. Dans son dernier bulletin, publié mercredi 6 mars, Météo-France précise que l'enneigement dans les Pyrénées est désormais "proche des normales, en particulier aux altitudes intermédiaires, autour de 1 500 à 1 800 m".

Photographies satellites des stations de Font Romeu et des Angles, dans les Pyrénées-orientales, prises les 14 et 29 février 2024.

Images satellites Copernicus Sentinel-2

Simon Gascoin rappelle que l'épisode de déneigement exceptionnel qui a marqué le mois de février fait partie des conséquences attendues du réchauffement climatique. "C'est tout à fait cohérent avec les prévisions", constate le chercheur. Comme ailleurs sur la planète, les effets du réchauffement se font de plus en plus ressentir aussi dans les montagnes.

Un possible impact sur la biodiversité

Parmi ces conséquences, figure notamment la fonte de plus en plus précoce de la neige. "Au printemps, il fait de plus en plus chaud. Le manteau neigeux fond donc plus vite et à toutes les altitudes", résume Jean-Michel Soubeyroux, climatologue à Météo-France. L'événement le plus exceptionnel à ce titre reste l'hiver 2022. "Les Alpes du Sud en particulier s'étaient retrouvées en sécheresse de neige dès le mois de janvier", rappelle Simon Gascoin, co-auteur avec Jean-Michel Soubeyroux d'un article de recherche qui fait le bilan de cet hiver particulièrement sec.

Les stations de ski sont en première ligne face à ces changements. Un rapport de la Cour des comptes, publié début février, estime que seules "quelques stations" pourront espérer poursuivre leur exploitation après 2050. Mais les sports d'hiver ne sont pas les seuls concernés. Les chercheurs s'interrogent également sur les conséquences que ces bouleversements pourraient avoir sur la biodiversité dans les montagnes. "Le manteau neigeux préserve le sol du froid notamment. Donc un déneigement en plein milieu de l'hiver, comme celui que l'on vient de connaître, cela peut avoir des conséquences sur les écosystèmes", alerte Simon Gascoin.

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