Sur une île ou sur une péniche, les habitants des bords de Seine se préparent à une possible évacuation

La crue de la Seine a dépassé les 6 mètres vendredi à Paris. A Issy-les-Moulineaux, les habitants de l'île Saint-Germain pourraient être évacués, a indiqué le ministère de l'Environnement.  

Face à la crue de la Seine, des habitantes évacuent la Villa Marina sur l\'île Saint-Germain à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine).
Face à la crue de la Seine, des habitantes évacuent la Villa Marina sur l'île Saint-Germain à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine). (ELISE LAMBERT/FRANCETV INFO)

En un rien de temps, Philippe a vu l'eau monter de plusieurs dizaines de centimètres dans son garage. "Je n'habite pas loin de la Seine, sur le versant descendant de l'île", explique cet informaticien. "Hier soir je n'étais pas du tout inquiet. Ce matin, tout mon garage était inondé."

Dans les rues de la cossue île Saint-Germain, à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), il est très difficile de se garer vendredi. De nombreux habitants, alertés par le ministère de l'Environnement d'une possible évacuation dans l'après-midi, se pressent de sortir leur voiture du sous-sol. Des pompes sont installées pour évacuer les endroits les plus inondés.

"C'est impressionnant, mais je ne suis pas trop inquiète"

Au fond d'une avenue, la chic Villa Marina a les pieds dans l'eau. Depuis vendredi matin, le rez-de-chaussée est complètement inondé. 

Du haut de son balcon du troisième étage, une habitante observe le niveau de l'eau. "C'est impressionnant, mais je ne suis pas trop inquiète. J'ai toujours l'électricité donc ça va." Des affiches placardées par la mairie sur les portes et portails d'entrée préviennent néanmoins qu'ERDF est susceptible de couper l'alimentation électrique "pour des raisons de sécurité évidente"

Serge, lui, habite au premier étage. Au rez-de-chaussée, plusieurs pièces ont été inondées dans la matinée. "Mon jacuzzi, ma salle de sport, mon jardin sont pleins d'eau", dit-il, l'air serein. "J'ai eu le temps de sortir mes machines.  Mais je ne partirai pas de chez moi, l'étage où je vis n'est pas touché."

En permanence sur les chaines info et le site Vigicrues

De nombreux riverains se pressent devant l'immeuble pour observer la montée des eaux. Beaucoup prennent des photos. "La Villa Marina n'a jamais aussi bien porté son nom !" s'amuse une passante.

Une famille est venue de Montrouge (Hauts-de-Seine) pour "sauver" des amis habitant au rez-de-chaussée."Ils vont dormir chez nous cette nuit". A l'aide d'un canoë, bottes en caoutchouc aux pieds, ils multiplient les allers-retours entre l'appartement et leur voiture. L'embarcation de fortune porte tour à tour enfants, bagages et affaires diverses "On s'en souviendra longtemps de cette crue... !" constate une femme.

Une équipe de la Croix-Rouge passe par hasard, et s'étonne de la situation. "Vous n'allez pas évacuer ?" lance la secouriste. "Non ce n'est pas prévu apparemment. On continue de s'informer avec BFM et le site Vigicrues pour connaître le niveau de la Seine" lance une voisine. "On est en maraude pour les SDF, on n'est pas censé être là", poursuit la secouriste. "S'il n'y a pas de personnes âgées ou de gens au rez-de-chaussée, ce n'est pas urgent." Malgré la situation un peu extrême, l'ambiance reste détendue. Tout le monde ne parle que d'une chose : le niveau de la Seine a-t-il atteint 6 mètres ou 6,20 mètres depuis midi ?

"Je ne quitterai jamais ma péniche, j'habite ici !"

A quelques centaines de mètres, sur les berges d'Issy-les-Moulineaux, les habitants des péniches sont plutôt de la même humeur. "Vous savez nous les crues, on a l'habitude...", assure Philippe, 63 ans. Le propriétaire de Babila ne craint pas la montée des eaux, mais plutôt la sécurité des bateaux et l'accès à la rive.

"Si jamais le cordage cède, ça deviendra un problème. Les bateaux pourraient se rentrer dedans et causer de nombreux dégâts", explique ce médecin, propriétaire de la péniche depuis 2004. "Beaucoup d'entre nous, ont quand même des petites barques pour revenir sur la rive."

"On est en sécurité, on a à manger, l'électricité, tout va bien" rigole Frédéric, sur la péniche d'en face. Même si sa péniche est coupée de la rive depuis le matin, par une passerelle à l'eau, il tempère :  "On ne peut pas travailler aujourd'hui, mais ce n'est pas la prison !" Un peu plus loin, même impression. Nassim assure : "tout va bien, on ne quittera jamais notre péniche" dit-il. "On patiente, on attend la décrue."