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Inondations dans le Sud-Est : "Il y a un déficit de culture du risque inondation dans notre pays"

Stéphanie Bidault, la directrice du Centre européen de prévention du risque d'inondation (Cepri), liste des pistes pour mieux préparer la population.

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Propos recueillis par - Julie Rasplus
France Télévisions
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Temps de lecture : 2 min.
Un homme se fraye un chemin dans les rues inondées de Biot, le 4 octobre 2015, dans les Alpes-Maritimes.  (ERIC GAILLARD / REUTERS)

Les orages et les pluies torrentielles ont tout emporté sur leur passage. Les intempéries dans les Alpes-Maritimes ont été dévastatrices. Et, malgré la vigilance orange et les consignes de sécurité émises par Météo France, vingt personnes ont péri lors de cet épisode pluvieux violent et imprévisible, indique un dernier bilan fourni lundi 5 octobre. Comment préparer au mieux la population à ce risque ? Au surlendemain des intempéries, francetv info a interrogé Stéphanie Bidault, la directrice du Centre européen de prévention du risque d'inondation (Cepri). 

Francetv info : Aurait-on pu faire plus pour éviter la catastrophe ? 

Stéphanie Bidault : Ce qui est sûr, c'est que tout n'a pas été fait, sinon nous n'en serions pas là. Mais le problème est qu'il y a un déficit de culture du risque inondation dans notre pays. Et la politique d'information n'est pas suffisante. Au moment où je vous parle, les assureurs évoquent une facture de 500 millions d'euros de dommages matériels après les intempéries de ce week-end. Or, la politique de prévention en France, c'est 300 millions d'euros par an ! Il faut rendre ce sujet prioritaire. L'inondation, c'est le premier risque naturel en France. Un habitant sur quatre est concerné. Quant au ruissellement pluvial, cela concerne 75% des communes françaises.  

Quels dispositifs pourraient être mis en place pour améliorer l'accès à l'information et limiter les drames ? 

Nous avons des campagnes sur la sécurité routière ; pourquoi ne pas en avoir aussi sur le risque inondation ? Certaines collectivités territoriales, comme Orléans, font aussi des exercices grandeur nature en simulant des inondations. Paris devrait en organiser un en mars 2016. Les villes se mettent alors en situation, selon des scénarios prévus, et préviennent la population. Cela peut paraître simpliste, mais c'est très efficace, car cela permet de faire de la pédagogie. Ce sont des moments où l'information circule. 

Faudrait-il aussi davantage de prévisions météo ? Je pense à des bulletins en temps réel, accessibles au public... 

Il y a une vraie mobilisation des pouvoirs publics sur la question des prévisions, mais elles demandent de l'expertise et des calculs plus précis. Ainsi, on a de bonnes données sur le risque de vagues-submersion, mais on a encore besoin d'affiner la cartographie concernant le ruissellement. Or, cela demande des investissements supplémentaires. On avance, mais à très petits pas. En attendant, travaillons au moins à donner de l'information à la population. Il faut que les gens acquièrent des réflexes.

Lesquels préconisez-vous ?

Rechercher les points hauts, ne pas se réfugier dans les sous-sols, éviter de prendre des voitures. On a l'impression que les véhicules nous protègent parce que c'est un lieu fermé, mais c'est tout l'inverse. Le ruissellement, ce sont des hauteurs d'eau importantes combinées à une vitesse très importante. Du coup, les véhicules sont emportés. Et cela vient très vite. On a parfois seulement dix-quinze minutes pour réagir.  

Vous parlez de consignes de sécurité, mais des élus, comme le maire de Cannes, ont évoqué l'indiscipline de certains concitoyens qui ne les respectent pas. Cela semble pourtant relever du bon sens...

C'est facile de dire que c'est du bon sens, alors que vous êtes dans une situation de stress et de panique. Je ne suis pas dans une posture morale. Je constate qu'il y a beaucoup trop de victimes. Et les habitants avaient sans doute de très bonnes raisons de se trouver là où ils étaient.

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