"Il n'y aura pas beaucoup de Noël sur la commune" : retour à Villegailhenc, village dévasté par les inondations meurtrières dans l'Aude

En octobre dernier, l'eau a emporté le pont principal du village. Ces inondations ont causé la mort de 14 personnes et détruit plus de 700 habitations dans tout le département.

Le village de Villegailhenc, quatre jours après les inondations, le 19 octobre 2018.
Le village de Villegailhenc, quatre jours après les inondations, le 19 octobre 2018. (VANESSA MARGUET / RADIOFRANCE)

Il y a deux mois, les inondations dans l’Aude faisaient 14 morts et plus de 70 blessés. Les dégâts matériels sont en outre considérables, estimés à un coût total de 220 millions d’euros selon la fédération française de l’assurance.

Retour à Villegailhenc, près de Carcassonne, village de 1 665 habitants avant les inondations, dévasté par la montée des eaux. Ce qui frappe ce sont les rues désertes et les maisons toujours effondrées près du Trapel et du Merdaux, les deux ruisseaux devenus torrents la nuit du 14 au 15 octobre dernier. "Il n'y aura pas beaucoup de Noël sur la commune", explique Michel Proust, le maire de Villegailhenc.

Il n'y a pas de guirlandes, tout a été emporté et même si on en avait, on n'a pas de matériel pour les poser. Plus globalement, on n'a pas la tête à faire la fête.Michel Proust, maire de Villegaillhencà franceinfo

"Le vieux village est mort"

Les enfants de l'école du village ont décoré un sapin en face de la mairie avec ce message : "C'est pour donner des couleurs à notre village, vis la vie". Yvan et sa femme font partie des miraculés. Ce retraité fête Noël chez lui, même s'il se demande si il va rester à terme dans le village. "On est là, quoi. C'est tout. C'est le passé", explique-t-il. "Moi, comme je suis parti dans l'eau, je suis vraiment un miraculé, heureusement que je suis sportif, parce que si je ne l'avais pas été, on partait", affirme-t-il. 

C'est le passé et il faut continuer, c'est tout, il ne faut pas se laisser aller, c'est ça la vie. La vie, c'est un combat. Là, on ne voit plus personne. Moi je suis du vieux village et le vieux village, il est mort.Yvan, retraité à Villegailhencà franceinfo

Un Noël en "service minimum"

Lucile ne peut plus habiter à Villegailhenc pour l'instant, mais elle reviendra, et Noël cette année, ça va être différent. "On ne pourra pas le faire chez nous parce qu'on est dans un gîte, donc on va le faire chez nos parents", explique-t-elle. "On n'a plus de maison, nous étions locataires et on ne pourra pas y revenir, mais on espère rester à Villegailhenc parce qu'on est d'ici, parce que notre fils est à l'école ici et qu'on a toute notre vie ici. On a déjà perdu nos maisons, si en plus on doit perdre nos habitudes, non merci", ajoute-t-elle. Bernard, lui, a décidé de faire Noël en service minimum, près de son lit, au seul étage habitable de sa maison inondée.

Je n'ai pas le choix, ça sera au coin du lit, on mettra une boule par terre et voilà, ni Noël, ni rien, il n'y a pas d'esprit du tout là.Bernard, habitant de Villegailhencà franceinfo

Le meilleur cadeau de Noël pour ces habitants de Villegailhenc serait que les experts d'assurances rendent des décisions applicables rapidement, ne serait-ce que pour sortir de l'angoisse du lendemain et commencer à tourner la page. 

Le réveillon particulier des sinistrés de Villegailhenc, deux mois après les inondations meurtrières dans l'Aude : le reportage de Stéphane Iglésis
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