Crue de la Seine : comment les musées parisiens s'organisent pour protéger leurs œuvres

Le niveau du fleuve ne cesse de monter et pourrait atteindre un pic vendredi. En attendant, les musées parisiens prévoient le pire, pour protéger au mieux leurs collections.

La Seine devant le musée du Louvre à Paris, le 9 janvier 2018.
La Seine devant le musée du Louvre à Paris, le 9 janvier 2018. (CHRISTOPHE SIMON / AFP)

Branle-bas de combat dans les musées parisiens. Le musée du Louvre a décidé de fermer le niveau inférieur du département des arts de l'islam, mercredi 24 janvier, alors que la Seine a atteint 5,12 m au-dessus de son niveau normal. Une cellule de crise est activée depuis le début de la semaine, explique le musée dans un communiqué. Une mesure similaire avait déjà été prise en 2016, quand la Seine était montée à 6,07 m. "En 48 heures, 35 000 œuvres avaient pu être mises à l’abri" dans les étages, écrit la direction. Soit un quart des œuvres conservées en zone inondable.

Architecture anti-crues au musée du quai Branly 

Les autres musées sont également aux abois. Des contrôles sont d'ailleurs en cours, explique le musée d'Orsay à BFMTV. Au total, une vingtaine d'établissements culturels sont dotés d'un plan de prévention des risques d'inondation. Parmi eux, le musée du quai Branly, situé à deux pas de la Seine. "Une cellule de veille a été activée, explique Blandine Sorbe, déléguée générale adjointe du musée, à franceinfo. Nous commençons à repérer dans les étages des espaces susceptibles d'accueillir les œuvres des réserves, qui se trouvent au sous-sol."

Ouvert en 2006, ce musée dispose de technologies récentes pour lutter contre les crues. Une paroi moulée est notamment enfouie à 30 mètres sous terre, et son système poreux permet de limiter la pression pour éviter qu'elle ne cède. Le jardin dispose également de reliefs et de structures en argile pour retarder l'avancée de l'eau, ainsi que d'un système de bâtardeaux (des digues) et de voiles de béton (des parois verticales) sur certains bâtiments. "De ce point de vue-là, nous nous considérons comme relativement chanceux", résume Blandine Sorbe.

"Déplacer les œuvres seulement en cas d'alerte"

Un certain nombre des 300 000 œuvres des réserves sont placées sur des chariots, et certaines ont déjà été prépositionnées "sur roues" pour une évacuation en urgence. Les réserves sont classées en trois groupes de priorité, selon plusieurs critères, dont l'intérêt patrimonial ou scientifique, la maniabilité, le matériau... En cas d'urgence, les chefs-d'œuvre doivent pouvoir être remontés en moins de six heures. Le périmètre est ensuite élargi aux œuvres très importantes (moins de 72 heures) puis au reste de la collection.

Les conservateurs des différents départements du musée du quai Branly ont notamment déterminé quelles étaient les œuvres prioritaires en cas d'évacuation – "par exemple, les plus beaux masques, les plus belles statues d'Océanie, les œuvres les plus rares". Pas question, toutefois, de céder à l'affolement. "Nous n'allons pas les déplacer dans les étages par mesure de prévention mais seulement en cas d'alerte, car ce sont des œuvres fragiles et car c'est un exercice qui immobilise le personnel." Les agents du musée ont déjà été alertés de la situation par la direction et "beaucoup se sont déjà portés volontaires pour prêter main forte si nécessaire".

"On ne craint pas les inondations, mais il peut y avoir des infiltrations, de l'humidité, explique la Bibliothèque nationale de France à BFMTV. Dans ce cas, le plan de protection contre les inondations prévoit d'intervenir en coupant les aérations et l'électricité par anticipation." Du côté du musée du Louvre, quelque 152 000 œuvres sont actuellement stockées en zone inondable. Mais les autorités ont trouvé la parade. La construction d'un Centre de conservation a débuté à Liévin (Pas-de-Calais), au mois de décembre, pour mettre ces collections à l’abri du risque de crue. Un abri bien au sec, parfait pour traverser les siècles.