A Gazost, vingt habitants coupés du monde : "On est dans la panade"

Isolés par un gigantesque glissement de terrain pour une durée indéterminée, les habitants du hameau de Aranou, dans les Hautes-Pyrénées, sont inquiets.

Près du hameau d\'Aranou, sur la commune de Gazost (Hautes-Pyrénées), le glissement de terrain du 27 février 2015 a emporté la route et une habitation. 
Près du hameau d'Aranou, sur la commune de Gazost (Hautes-Pyrénées), le glissement de terrain du 27 février 2015 a emporté la route et une habitation.  (LAURENT DARD / AFP)

Vendredi 27 février, un drôle de bruit a résonné dans la vallée de Gazost (Hautes-Pyrénées). "C'était comme si un camion-benne versait de gros cailloux", raconte à francetv info Bruno, un artisan de 50 ans. Il ne le sait pas encore, mais le hameau d'Aranou, où vivent une vingtaine de personnes à l'année, est désormais coupé du monde par un glissement de terrain. Gorgée d'eau par les pluies des derniers jours et la fonte des neiges, la terre a dévalé la pente, emportant la route, une grange et une habitation. Aucune victime n'est à déplorer.

Bruno l'a échappé belle. "Cinq minutes avant, je devais partir avec mon camion, raconte ce charpentier couvreur. Mais le maire a dit à mon voisin qu'il ne fallait surtout pas prendre la route." Depuis le matin, des fissures lézardaient en effet la chaussée. "On devait partir au travail. Quand on est arrivés sur place, la route présentait des cassures de la hauteur d'un trottoir, poursuit Guillaume, un instituteur de 36 ans. Après avoir renvoyé sa compagne et son petit garçon chez lui, il a décidé, "après beaucoup d'hésitations", de faire passer une voiture de l'autre côté.

"Nous marchons 15 minutes sur un chemin de brebis"

Comme Guillaume, Karine, 40 ans, a eu le temps de garer une de ses voitures du bon côté du torrent de boue. Une précaution qui lui permet de rejoindre l'extérieur aujourd'hui. "Pour sortir, nous marchons pendant 15 minutes sur un chemin que les brebis prenaient. Ça monte et il ne faut pas y aller avec les petites chaussures", raconte cette mère de deux enfants. Arrivée au bourg de Gazost, plus bas, "on se change et on part au travail, ou à l'école".

FRANCE 2

Cet itinéraire permet aux habitants restés au hameau d'Aranou – deux personnes ont été évacuées pour raisons de santé – de se ravitailler. "On a fait quelques courses, qu'on a transportées en sac à dos. C’est praticable pour des personnes sans soucis de santé, mais il y a des gens pour qui cela représente un vrai obstacle", explique Guillaume.

L'activité économique paralysée

Grâce à la solidarité des habitants du bourg, certains sinistrés, comme Guillaume et la famille de Bruno, vont emménager provisoirement de l'autre côté. "J'ai de la chance d'avoir des amis qui ont un petit gîte au village. Ma femme et mes enfants y sont. Ma fille de 15 ans prépare son brevet, elle ne peut pas trop louper l'école", témoigne Bruno. 

La route effondrée près du hameau d\'Aranou, sur la commune de Gazost (Hautes-Pyrénées), le 2 mars 2015.
La route effondrée près du hameau d'Aranou, sur la commune de Gazost (Hautes-Pyrénées), le 2 mars 2015. ( RÉGIS COTHIAS / FRANCE 3 MIDI-PYRÉNÉES)

L'artisan se fait en revanche davantage de soucis pour son activité. "J'ai un chantier au hameau, mais on ne peut pas m'apporter du matériel pour continuer à travailler. Et j'ai d'autres chantiers dans la vallée, mais je ne peux pas y aller avec mon camion et mes outils", détaille-t-il. Les éleveurs et l'apiculteur d'Aranou sont également coincés. "On a été embêtés par la neige pendant deux mois et demi, et là, au moment où on peut sortir travailler... Tout le monde est dans la panade", déplore Bruno.

"Cela les arrangerait qu'on quitte le hameau"

Il s'inquiète d'autant plus que la situation devrait durer plusieurs semaines, voire quelques mois. Lundi, deux pelleteuses s'activent pour ouvrir une piste provisoire pour les tracteurs et les 4x4. Mais, "à chaque coup de pelle, il y a de nouveaux glissements de boue", constate Bruno.

A terme, Guillaume doute même de la volonté des autorités de se lancer dans la complexe et longue reconstruction de la route. "On entend qu'il n'y a plus beaucoup d'argent au conseil général, explique l'instituteur. Et ici, on est vingt à habiter au fond d'une vallée, il n'y a rien derrière", contrairement à d'autres vallées voisines où se trouvent des stations de ski et des cols touristiques, comme le Tourmalet. 

"Cela les arrangerait bien qu'on abandonne le hameau, ils économiseraient beaucoup de frais", abonde Bruno, qui ne veut pas entendre parler d'une telle éventualité. Le charpentier espère cependant que le scrutin départemental des 22 et 28 mars va les aider : "Ce sont les élections en ce moment, cela devrait aller vite."