Ouragan Irma : "On est revenus 300 ans en arrière !", témoigne un habitant de Saint-Martin

Alors que le Premier ministre Édouard Philippe achève un voyage de trois jours dans les Antilles françaises sur l’île de Saint-Barthélemy, il fera escale le même jour sur celle de Saint-Martin, qui peine à se reconstruire après le passage de l’ouragan Irma il y a deux mois. Franceinfo s’y est rendu.

Edwyn vit sur un bateau abandonné depuis que l\'ouragan a détruit son logement.
Edwyn vit sur un bateau abandonné depuis que l'ouragan a détruit son logement. (MATTHIEU MONDOLONI / FRANCEINFO)
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Matthieu MondolonifranceinfoRadio France

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D’un côté le lagon, de l’autre l’océan. Au milieu, une bande de terre sableuse, un bateau échoué et un homme debout sur le pont. Edwyn a 67 ans et vit là depuis le 6 septembre. Le jour de son anniversaire, mais aussi celui, du passage de l’ouragan Irma, qui a dévasté l’île et son logement deux mois plus tôt. Lors de sa visite à Saint-Martin mi-septembre, Emmanuel Macron avait bien promis “de bousculer les normes, les procédures et les délais” pour que la reconstruction de l’île soit “exemplaire”. 

Pourtant, après le passage de l’ouragan, alors que le Premier ministre, Edouard Philippe, doit se rendre sur l'ile lundi pour clore un voyage de trois jours dans les Antilles, les habitants, comme Edwyn, tardent à être indemnisés. Et sont loin de rebâtir comme ils le souhaiteraient. Faute de logement, Edwyn a trouvé refuge sur ce bateau, abandonné sur la plage : la cuisine est bien équipée d’un four, d’un frigo et d’une gazinière mais, faute d’eau et d’électricité, rien ne fonctionne.

Edwyn vit sur ce bateau abandonné avec sa retraite de 650 euros par mois.
Edwyn vit sur ce bateau abandonné avec sa retraite de 650 euros par mois. (MATTHIEU MONDOLONI / FRANCEINFO)

"Je me lave dehors avec la citerne à eau de pluie, et je me nourris avec les rations de la gendarmerie et des militaires, témoigne-t-il. Une ration, c’est pour une journée. Moi elle m’en fait deux. Après, ce sont les boites de raviolis." "J’ai ma retraite à 650 euros par mois donc j’arrive à m’en sortir : ça suffit pour survivre", assure Edwyn.

Sans l'argent des assurances, impossible de reconstruire

De l’autre côté de la route, plusieurs petites maisons sont posées en bord de mer. Certaines ont le toit arraché, d’autres ont les murs en partie explosé : c’est là que vit Estelle, avec son mari et leur petite fille de sept ans. "C’était la cuisine, ici. Tout est parti. Comme dans la chambre de ma fille : tous ses jouets, ses habits, ses meubles sont partis." De sa maison ne reste que les murs, sans fenêtres. Seul le premier étage est encore habitable. Ils aimeraient bien reconstruire, mais sans l’argent de leur assurance, c’est pour l’instant impossible. "L’expert pour la maison est passé la semaine dernière, raconte-t-elle. Il m’a assuré que je toucherai rapidement la somme qui correspond à l’assurance de mon mobilier. Je ne sais pas combien de temps cela prendra : l’expert est passé il y a un mois chez mes voisins, et ils n’ont toujours rien reçu."

\"Tonton Nico\", gérant d\'une résidence à Saint-Martin, est pessimiste sur le temps que prendra la reconstruction.
"Tonton Nico", gérant d'une résidence à Saint-Martin, est pessimiste sur le temps que prendra la reconstruction. (MATTHIEU MONDOLONI / FRANCEINFO)

La reconstruction “exemplaire” promise par le président de la République juste après Irma se fait attendre. Alors, tout seul, avec l’aide d’amis ou en faisant jouer leurs réseaux, certains ont décidé de prendre les choses en main, comme dans cette résidence de Marigot où des ouvriers s’activent sur le toit et sous la chaleur.

"On est à des années-lumières de la reconstruction !"

En bas de l’échelle, en train d’observer les ouvriers, Nicolas surnommé ici “Tonton Nico”, est le gérant de la résidence. Quand on lui parle de reconstruction, il sourit : "Nous sommes à des années lumières de la reconstruction ! On prend les choses en main faute de directives." "Ce qui nous manque, c’est l’argent, s’exclame-t-il. Depuis deux mois, les entrepreneurs et les ouvriers se nourrissent de promesses. On est revenus 300 ans en arrière. Irma n’a mis que quelques heures à détruire Saint-Martin, et on va mettre dix ans à reconstruire." À condition de ne pas vivre un nouveau cyclone dans les prochaines années. "Advienne que pourra, conclut Nicolas. On ne pourra jamais reconstruire quelque chose de plus solide que la nature, il ne faut pas se voiler la face."

Robert Mercadal, chef de chantier, craint que, faute d\'argent, les habitants reconstruisent moins solide qu\'auparavant.
Robert Mercadal, chef de chantier, craint que, faute d'argent, les habitants reconstruisent moins solide qu'auparavant. (MATTHIEU MONDOLONI / FRANCEINFO)

 À bord de son imposant 4x4, Robert Mercadal est plus mesuré. Ce chef de chantier dans les travaux publics pense en effet que s'il est possible de reconstruire mieux, il faudra, alors, de l’argent. "S’ils n’ont pas d’argent tout de suite, explique Robert Mercadal, reconstruiront-ils comme ils ont construit avant ? Si cela n’avance pas, ils reconstruiront avec quatre briques et quelques bouts de tôles…" Car si Irma est passé, tous craignent, sur l'île, la multiplication de phénomènes cycloniques dans le futur : des ouragans qui pourraient alors détruire ce que les habitants de Saint-Martin auront à peine commencé à reconstruire.

Ouragan Irma : "On est revenu 300 ans en arrière !" - reportage à Saint-Martin de Matthieu Mondoloni
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