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Retrait des États-Unis de l'Accord de Paris : "C'est vraiment un jour noir pour le monde"

Le chercheur François Gemenne craint un "effet domino" après le retrait des États-Unis de l'Accord de Paris jeudi, et la réaction "d'autres pays qui étaient un peu réticents à la coopération internationale."

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Radio France
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Donald Trump annonce le retrait des États-Unis de l'Accord de Paris, le 1 juin 2017 à Washington (États-Unis). (BRENDAN SMIALOWSKI / AFP)

Le président américain Donald Trump a annoncé jeudi son intention de faire sortir les États-Unis de l'Accord de Paris sur le climat. Pour François Gemenne, chercheur à l'IDDRI et président d'Ecosphere (groupe de réflexion européen consacré aux droits de l’homme et à l’environnement), cette annonce est un signal "catastrophique adressé au monde".

franceinfo : Vous attendiez-vous à cette annonce ?

François Gemenne : Oui, c'était une annonce attendue depuis son élection, même s'il a un peu joué à cache-cache au cours des derniers jours et des dernières semaines. Je dirais que c'est d'abord un signal terrible adressé au monde et qui est un signal ancré dans un égoïsme inouï, puisque les États-Unis annoncent qu'ils renoncent à essayer de gérer ensemble, ce qui est quand même un grand défi de l'humanité au 21e siècle. C'est un signal politique catastrophique, parce que la pierre angulaire de l'Accord de Paris, c'est son caractère universel, c'est le fait que chaque pays s'engage à prendre sa part de l'effort. Il vient de tailler en pièces ce caractère universel. Donc on peut s'attendre demain à ce qu'il soit beaucoup plus difficile de demander des efforts à d'autres pays qui étaient un peu réticents à la coopération internationale (Inde, Japon, Australie). 

Comment demander à aux pays récalcitrants d'appuyer sur l'accélérateur si les États-Unis font marche arrière ?

François Gemenne, chercheur

à franceinfo

Qu'implique cette annonce dans le concert des nations ?

C'est un bouleversement géopolitique majeur, on revient à la situation de 2001, lorsque Georges Bush dénonçait le protocole de Kyoto dans des termes assez semblables à ceux que nous avons entendu ce soir. Ce que j'espère, c'est que l'Union européenne va affirmer son leadership, avec la Chine, qui va j'espère monter en puissance. Je souhaite un front sino-européen qui puisse essayer de sauver les meubles, parce que c'est bien de sauver les meubles qu'il s'agit. Si les États-Unis ne sont plus là, ça veut dire aussi qu'on peut dire adieu sans doute à l'objectif de deux degrés qui était central dans cet Accord de Paris. Si le deuxième émetteur mondial de gaz à effet de serre n'est plus dans l'accord, c'est vraiment un jour noir pour le monde et pour tous ceux et toutes celles qui sont déjà victimes des impacts des changements climatiques.

Peut-on dire que les États-Unis soient isolés ?

Plus qu'isolés, ils sont quasiment seuls au monde. Ils ont le monde entier contre eux. Et quelque part c'est peut-être pour cela aussi qu'ils sont sortis, pour avoir le monde entier contre eux et pour que Trump puisse camper sa position antisystème, "je suis seul pour défendre les États-Unis contre le monde entier"

C'est une décision prise sur des motifs purement idéologiques, qui vont chercher des gains électoraux à court terme

François Gemenne, chercheur

à franceinfo

Tous les conseillers économiques du président, y compris les grandes entreprises très polluantes, chimiques, pétrolières, demandaient à Donald Trump de rester dans l'Accord par crainte de l'incertitude que ça allait générer si on ouvrait une période de renégociation. Elle serait terrible, la communauté internationale doit absolument refuser toute renégociation. Cela ouvrirait un nouveau climat d'incertitude et d'instabilité qui nous emmènerait encore pour plusieurs années. L'Accord de Paris est un point de départ, ce n'est pas une ligne d'arrivée.

Quels sont les risques environnementaux après cette décision ?

Le principal risque environnemental, c'est d'abord ce qui va se passer aux États-Unis et qui est en cours déjà depuis plusieurs mois, c'est une relance du charbon et toute une série de mesures qui vont contre l'idée de l'Accord de Paris. Et puis c'est surtout un effet domino. Il faut bien réaliser que dans l'Accord de Paris, le compte n'y est pas. L'objectif affiché est l'objectif de deux degrés, mais quand on regarde les engagements pris par les différents pays, on est sur trois, trois degrés et demi. Donc l'Accord de Paris prévoit que les engagements doivent être revus à la hausse régulièrement, et une première fois avant 2020. La grosse question, c'est comment demander à des pays qui ne sont déjà pas très chauds comme l'Inde, la Russie, de revoir à la hausse leurs engagements si les États-Unis font marche arrière.

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