Recyclage des déchets : "Attention à ne pas déstabiliser un modèle économique" alerte le président de la Fédération française du bâtiment

Jacques Chanut réagit à la décision du gouvernement d'en finir avec le gaspillage et de réduire l'impact néfaste des déchets générés par les travaux publics, au travers d'un projet de loi. 

Recyclage de matériaux de construction. 
Recyclage de matériaux de construction.  (BRUNO LEVESQUE / MAXPPP)

Le conseil des ministres se penche ce mercredi 10 juillet sur un projet de loi pour mettre fin au gaspillage et renforcer la responsabilité des producteurs avec un texte relatif à l'économie circulaire. Avec ces treize articles, l'idée est de réduire l'impact des déchets sur l'environnement, notamment les déchets du BTP.

"Attention à ne pas déstabiliser un modèle économique", a alerté sur Franceinfo Jacques Chanut, le président de la Fédération française du bâtiment (FFB). Chaque année, ce sont quelque cinq tonnes de déchets qui sont produites par personne en France. 70 % proviennent du secteur BTP. Mais "90 % des déchets du BTP sont des déchets inertes, c’est-à-dire les terres, les graviers, les cailloux, le béton et les gros volumes sont retraités" a-t-il expliqué. 

Il ne faut pas plus déstabiliser les filières où cela se passe bien et où le déchet est valorisé. Attention à ne pas déstabiliser un modèle économiqueJacques Chanutà Franceinfo

Pour "3 à 4 % des déchets totaux en France, il y a quelque chose à faire. Je pense au verre, au plastique, au bois, au plâtre. On sait très bien recycler le plâtre mais il n’y a sans doute pas assez de cycles de recyclage, contrairement au verre où il n’existe pratiquement rien. Le bois est très bien trié, mais il n’y a pas de débouché commercial sur le bois trié", ajoute-t-il. 

Le gouvernement veut que les matériaux de construction soient repris sans frais. "Ce peut être une bonne solution", a salué Jacques Chanut avant d'appeler à "ne pas plus déstabiliser les filières où cela se passe bien et où le déchet est valorisé. Attention à ne pas déstabiliser un modèle économique". "Il ne faut pas que ça reste un vœu pieu. C’est très bien de dire « on veut les reprendre gratuitement » mais où ?".

Les décharges sauvages, "un fléau"

Il a alors pointé du doigt "les déchetteries publiques" : "Les déchetteries notamment municipales dans les petites communes n’ont pas la capacité d’accueillir les déchets du bâtiment ou certaines carrément les refusent disant qu’ils n’ont pas la capacité physique et financière de les traiter ou de les trier. Il n’y a pas un grand enthousiasme en général dans les mairies pour ouvrir des déchetteries ou les agrandir".

Selon lui, les acteurs du BTP sont "des défenseurs acharnés de toutes les mesures qui peuvent lutter contre les décharges sauvages". Des décharges sauvages qu'il a qualifié de "fléau". "Il ne faut pas croire que cela vient que des entreprises : ça vient beaucoup du travail au noir, ça vient aussi de quelques particuliers" a-t-il précisé. C’est surtout un point de concurrence déloyale : entre une entreprise qui respecte les règles et des gens qui ne la respectent pas il y a une différence de prix".