Réchauffement climatique : "La machine s'emballe, c'est certain", alerte un explorateur français de la mission Mosaic en Arctique

La plus grande expédition scientifique jamais menée dans l'Arctique, s'achève. pendant un an, des scientifiques se sont relayés pour surveiller la fonte de la banquise. Et le résultat est "spectaculaire", selon Éric Brossier. "On trouve de moins en moins de glace pluriannuelle, c'est-à-dire de glace qui résiste à la fonte estivale".

Des scientifiques de la mission Mosaic, la plus grande expédition scientifique jamais menée dans l\'Arctique, effectuent des prélèvements sur la banquise le 16 décembre 2019.
Des scientifiques de la mission Mosaic, la plus grande expédition scientifique jamais menée dans l'Arctique, effectuent des prélèvements sur la banquise le 16 décembre 2019. (ESTHER HORVATH/ALFRED-WEGENER-INSTITUT HANDOUT / MAXPPP)

Depuis un an, plusieurs centaines de scientifiques de toute la planète se sont relayés pour étudier la fonte de la banquise provoquée par le réchauffement climatique à bord du brise-glace Polarstern de l'institut allemand Alfred-Wegener. La mission Mosaic est la plus grande expédition scientifique jamais menée dans l'Arctique et elle s'achève lundi 12 octobre. "La machine s'emballe, c'est certain", a déclaré sur franceinfo l'explorateur Éric Brossier, qui a participé à cette expédition.

franceinfo : Quel était votre rôle dans cette mission ?

Éric Brossier : J’étais membre de l'équipe logistique sécurité pendant cinq mois. J’ai participé à cette grande expédition à bord du brise-glace Polarstern pour encadrer les scientifiques, les assister, veiller à ce qu’ils soient bien équipés, qu'ils travaillent dans les meilleures conditions pour une bonne moisson de données. Et puis, on est dans un territoire où on peut rencontrer des ours donc on est les yeux, on guette, on veille autour des équipes qui travaillent sur la banquise.

L’une des raisons qui font que vous avez été choisi pour cette mission, c'est que vous êtes un amoureux et un connaisseur du Grand Nord depuis plus de 20 ans. Vos filles ont quasiment appris à marcher sur la banquise ?

Oui, tout à fait. On a eu des enfants alors que ça faisait déjà sept ans qu'on enchaînait les hivernages, les missions d'été à bord de notre voilier vagabond dans l'Arctique. C’est sûr que cela a été leur terrain de jeu. Pendant la majeure partie de la vie, nos deux filles ont grandi principalement sur la banquise. La première a vraiment appris à marcher sur la banquise.

Les effets du réchauffement climatique sont-ils visibles à l'œil nu ?

Oui, c'est-à-dire que si on prend un tout petit peu de recul par rapport aux années précédentes, c'est flagrant.

Par exemple, cette expédition était basée sur la dérive. C’est le vent qui engendre cette dérive, plus que les courants. Et la dérive a été trois fois plus rapide que l'expédition précédente qui a inspiré Mosaic et toute son équipe, qui était menée par le Norvégien Fridtjof Nansen il y a un peu plus d'un siècle. Éric Brossier, membre de la mission Mosaicà franceinfo

Trois fois plus rapide. Cela donne une idée déjà à quelle vitesse la dérive a augmenté. Donc ça, c'est la fragilité, la finesse de la glace aujourd'hui qui explique toute que cette dérive est beaucoup plus rapide.

Cela veut dire que la banquise devient une sorte de gruyère ?

Oui, en été, la fonte est spectaculaire, c'est sûr. On trouve de moins en moins de glace pluriannuelle, c'est-à-dire de glace qui résiste à la fonte estivale. Donc, on a beaucoup de trous effectivement.

On dit que la banquise, c'est l'épicentre du réchauffement climatique. Cela veut dire que c'est là où on mesure le plus directement les effets du réchauffement ?

Je ne sais pas si c'est le plus direct, mais c'est sans doute les plus grandes variations de température, le plus spectaculaire, ce sont des écosystèmes assez simples, finalement, en comparaison des régions tempérées ou tropicales. Et du coup, le moindre petit changement va être assez flagrant, voire fulgurant. Ça s'emballe un peu. La machine s'emballe, c'est certain.