Météo : pourquoi fait-il aussi chaud dès la mi-mai ? On a posé la question à un météorologue

Selon Olivier Proust, cette situation de forte chaleur est appelée à être plus fréquente mais n'augure pas forcément d'un été caniculaire.

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Un thermomètre indique plus de 33 degrés, sur une terrasse en Vendée, le 17 mai 2022. (MATHIEU THOMASSET / HANS LUCAS / AFP)

Trop chaud pour un mois de mai. Une vague de chaleur intense et précoce s'abat actuellement sur la France. Depuis début mai, l'Hexagone est coincé sous un anticyclone et le mercure grimpe en flèche. En milieu de semaine, il atteint entre 30 et 34 degrés dans la plupart des régions.

Certaines villes, comme Lyon, pourraient dépasser "au moins cinq jours de suite" le seuil de forte chaleur (30 °C). "Un événement rarissime en mai, observé une seule fois en un siècle de données, du 16 au 20 mai 1945", selon Météo France. Ces chaleurs sont-elles exceptionnelles ? Sont-elles amenées à durer ? Franceinfo a posé la question à Olivier Proust, météorologue prévisionniste à Météo France.

Franceinfo : comment expliquer les fortes températures de ce printemps ?

Olivier Proust : Elles sont dues au transport d'une masse d'air extrêmement chaud pour la saison depuis les régions subtropicales, situées dans le nord-ouest de l'Afrique et au large dans l'Atlantique. Ces remontées d'air gagnent le Maghreb jusqu'aux rives de la mer du Nord et de la Baltique et sous de très hautes pressions. Nous appelons ça une dorsale, c'est une crête de haute pression qui s'étend du Maghreb jusqu'au nord de l'Europe.

Est-ce que nous sommes actuellement emprisonnés sous un "dôme de chaleur" ?

Non. Nous ne sommes pas dans une situation de dôme de chaleur typique que nous avons connu lors des récentes canicules de 2019 et 2020 avec cet aspect de surchauffe. C'est plus au sud, au cœur des hautes pressions, vers l'Espagne, qu'il y a cet effet de dôme de chaleur. D'ailleurs ce n'est pas un terme officiel, nous en parlons surtout depuis les près de 50 °C atteints en Colombie-Britannique (Canada) l'année dernière et nous lui donnons un peu la définition que nous voulons.

"Dôme de chaleur ou pas, l'essentiel, ce sont les températures. Le débat sur le dôme, c'est comme si vous discutiez de la marque de la voiture qui va vous écraser."

Olivier Proust, prévisionniste

à franceinfo

En France, pour le moment, nous n'avons pas un isolement de l'air le plus chaud sous une chape anticyclonique avec une circulation de l'air fermée. Nous avons plutôt des conditions simplement anticycloniques, avec un transport d'une masse d'air extrêmement douce dessous. Cette circulation météo va produire des températures à la hauteur des records que l'on connaît sur le territoire en mai.

Effectivement, le mercure s'affole. Est-ce que cela signifie que nous allons vivre de nouveaux records de température ?

Si cette circulation atmosphérique n'est pas si exceptionnelle que ça, en revanche elle apporte une masse d'air qui, elle, est extrêmement chaude. A tel point que nous frôlons, voire battons, des records mensuels de température alors que nous ne sommes qu'à la mi-mai.

"Mardi, à la faveur d'un vent de terre, nous avons atteint les 26,6 degrés à la pointe de la Hague dans le Cotentin (Normandie), cela fait exploser un record de 1922."

Olivier Proust

à franceinfo

Si, en général, nous nous fichons de savoir à peu près si nous battons le record au début ou à la fin du mois de mai, battre des records dès la mi-mai alors que l'immense majorité de ceux-ci date de la fin mai, c'est plus remarquable.

Cette montée des températures signifie-t-elle que nous sommes entrés dans le réchauffement climatique ?

Ah oui. C'est constitutif du réchauffement climatique de voir ce type de situation, à savoir une circulation d'air pas si extrême et qui produit pourtant des températures exceptionnelles. Ce type de situation est appelé à être plus fréquentes, à être potentiellement plus intense et à arriver plus tôt dans la saison. D'ailleurs, le réchauffement climatique est observé à toutes les saisons, où nous observons la présence de masses d'air plus chaudes.

Cet épisode de chaleur augure-t-il un été caniculaire ?

Une situation météo en cours ne présage en rien une situation météo dans trois mois. Ce n'est pas parce que nous avons une canicule en mai que nous en aurons une en juillet. Il n'y a pas de lien entre les deux phénomènes. Par exemple, le mois de mai 2011, qui était jusque-là le plus chaud enregistré à l'échelle nationale, avait précédé un été "pourri".

En revanche, cela révèle qu'il suffit que le vent ne vienne pas du bon côté pour atteindre des températures extrêmes, donc cela augure mal de l'été. A Météo France, nous regardons avec anxiété l'installation d'une circulation qui favorise l'air monté du Sud et avec lui de potentielles vagues de chaleur et des canicules.

Jusqu'à quand cette vague de chaleur va-t-elle durer ?

Dès cette fin de semaine, il devrait y avoir des températures plus raisonnables et quelques espoirs de précipitations, non généralisées, sur la moitié nord du pays. Mais ces épisodes de fortes chaleurs sont appelés à être plus fréquents, plus intenses, avec de fortes températures.

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