Le réchauffement climatique atteindra-t-il plus de 7 °C en 2100 ? On vous décrypte les nouveaux scénarios des scientifiques français

Pour ces chercheurs, la température moyenne de la planète à la fin du siècle va dépendre "fortement des politiques climatiques qui seront mises en œuvre dès maintenant". 

Un iceberg flottant au large de Kulusuk, sur la côte sud-est du Groenland, le 20 août 2019.
Un iceberg flottant au large de Kulusuk, sur la côte sud-est du Groenland, le 20 août 2019. (JONATHAN NACKSTRAND / AFP)

Augmentation de 2 °C, de 5 °C, de 7 °C en 2100 ? Toutes ces hypothèses ont été présentées, mardi 17 septembre, par des scientifiques français, notamment du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), du Commissariat à l'énergie atomique (CEA) et de Météo France. Une centaine de chercheurs et d'ingénieurs ont en effet mis au point deux nouveaux modèles climatiques (PDF), qui serviront de base au Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) pour leur rapport prévu pour 2021-2022.

En explorant les trajectoires proposées par des économistes qui ont notamment pris en compte la baisse de la consommation d'énergie, le niveau de coopération entre les pays, l'évolution de la population mondiale, les scientifiques ont établi plusieurs scénarios. Roland Séférian, climatologue au Centre national de recherches météorologiques (CNRM), nous éclaire sur ces différentes prévisions et leurs conséquences sur les sociétés humaines.

Le scénario le plus cohérent : celui qui garde le cap actuel

Selon Roland Séférian, le scénario le plus cohérent est celui qui conserve les caractéristiques que le monde a connu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et que les sociétés humaines appliquent aujourd'hui. Il mêle un modèle productiviste, l'instauration de politiques climatiques, mais qui ont du mal à se mettre en place. Dans ce scénario, il n'y a pas non plus d'innovations technologiques particulières permettant de résoudre les problèmes de qualité de l'air. On continue à bâtir des centrales à charbon, à construire des réacteurs nucléaires et il n'y a pas de pénétration des énergies renouvelables.  

Dans cette optique, la hausse de la température moyenne mondiale atteint 4 à 6°C à la fin du siècle. "La planète sera forcément soumise à des aléas climatiques importants", explique le climatologue. Il y aura une augmentation des fréquences et des vagues de chaleur (à l'image de cet été), des périodes de sécheresse plus importantes, un changement de cycles saisonniers qui aura un impact sur les récoltes et les moyens de production de nourriture. "La banquise aura quasiment disparu, les océans seront plus acides, ce qui posera des problèmes à certains types d'espèces marines fragiles comme les coraux", poursuit Roland Séférian

Pour le climatologue, la question de l'après se pose également. "On est pris en tenailles par la hausse de la température, mais il y a aussi les soucis liés à la hausse du niveau de la mer. Pour les scénarios médians comme celui-là, cette hausse oscillera entre 10 et 70 cm à la fin du siècle. Cela va créer des problèmes géopolitiques, car des pays insulaires vont être grandement réduits en surface." A titre d'exemple, entre 1,5 et 2 °C d'augmentation de la température, le niveau de la mer va connaître une hausse d'environ 10 cm, "ce qui pose déjà problème pour 10 millions de personnes", précise le scientifique. Autant de personnes qui devront à terme être déplacées.

Le scénario le plus pessimiste : celui de l'emballement de la croissance

Les résultats des deux modèles scientifiques tendent à dire que l'augmentation de la température moyenne globale atteindra 6,5 à 7 °C en 2100, selon ce scénario. A titre de comparaison, dans le dernier rapport du Giec de 2014, le pire scénario prévoyait +4,8°C par rapport à la période pré-industrielle.

Comment pourrait-on en arriver là ? "On sera dans une course à la croissance, explique Roland Séférian. Et pour alimenter la croissance mondiale, le PIB, on a besoin d'énergies et il n'est pas possible d'atteindre des niveaux de croissance si élevés avec d'autres énergies que celles fossiles", précise le scientifique. 

"En termes de conséquences, il ne sera pas très différent du scénario le plus cohérent", souligne Roland Séférian. Mais c'est la manière dont ces impacts vont s'exprimer qui sera différente. "La sécheresse sera bien plus intense, on aura une perte de la biodiversité amplifiée et bien plus rapide", détaille le climatologue. Ce dernier tient tout de même à rassurer : "Ce genre de scénario n'a pas vocation à prédire le futur. Il montre seulement des narratifs possibles."

Le scénario le plus optimiste : celui de l'accord de Paris

Pour Roland Séférian, "c'est le scénario le plus compatible avec les objectifs de développement durable", car il permettrait "tout juste" de rester sous l'objectif de 2 °C de réchauffement. Ce scénario implique la diminution immédiate des émissions de CO2 et la neutralité carbone à l'échelle du globe en 2050, pour un maintien sous les 1,5 °C, et à l'horizon 2070-2080 pour un maintien sous 2 °C. 

"Le succès de cet objectif se passe à tous les niveaux", précise le climatologue : au niveau international avec une coopération accrue entre les Etats, au niveau national avec une transition vers les énergies bas-carbone, au niveau local avec une intensification des moyens de transports électriques, au niveau personnel avec le changement des habitudes de consommation.

Même si ce scénario se profile, les conséquences seront perceptibles, car "on sera un degré au-dessus de ce que l'on a aujourd'hui", rappelle Roland Séférian. "Par contre derrière, ça laisse du temps au système humain et naturel pour s'adapter", conclut-il.