"Jour du dépassement" : la transition écologique doit se faire "à une cadence accélérée", insiste le co-président du groupe des Verts au Parlement européen

"On n'a encore rien vu", insiste Philippe Lamberts. Selon lui, le deploiement de la 5G va faire "faire exploser la consommation énergétique du secteur informatique". 

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Philippe Lamberts en mai 2019.  (JEAN-MARC QUINET / MAXPPP)

La transition écologique doit se faire "à une cadence accélérée" pour lutter contre le changement climatique, a insisté jeudi 29 juillet sur franceinfo Philippe Lamberts, eurodéputé vert de Belgique, alors que l'humanité a utilisé aujourd'hui autant de ressources biologiques que ce que la Terre peut régénérer en une année, selon l'ONG américaine Global Footprint Network. Pour Philippe Lamberts, ce "jour du dépassement" signifie "qu'on exploite beaucoup trop" la planète. "Et on n'a encore rien vu", a affirmé le coprésident du groupe Verts-Alliance libre européenne. "Le déploiement massif de la 5G va, par exemple, faire exploser la consommation énergétique du secteur informatique".

franceinfo : Malgré les confinements stricts, nous sommes au même niveau qu'avant la pandémie. La planète vit à crédit près de la moitié de l'année. Cela veut dire quoi exactement ?

Philippe Lamberts : La bonne nouvelle c'est que la planète est capable de se régénérer, la mauvaise nouvelle c'est qu'on l'exploite beaucoup trop. Et ce n'est pas pour satisfaire les besoins mais bien pour satisfaire les envies et les désirs. Si on se contentait de satisfaire les besoins, la planète pourrait nourrir et héberger onze milliards d'habitants. Le problème c'est qu'une partie des habitants de la planète a des envies qui dépassent de loin ce que la planète peut offrir. A un moment, il va falloir faire des choix. Peut-être que la distribution et la composition de la consommation ont changé, mais le volume reste extrêmement important, trop important par rapport à ce que la planète peut nous offrir. Ça n'a l'air de rien, mais c'est évident que lorsqu'on transfère massivement des données, qu'on surveille massivement tout le monde, qu'on veut tout savoir tout de suite, tout télécharger tout de suite, cela consomme énormément d'énergie. Et on n'a encore rien vu : le déploiement massif de la 5G va par exemple faire exploser la consommation énergétique du secteur informatique.

Les petits pas, les adaptations, ça ne suffit plus ?

Lorsque vous êtes confronté à un incendie, vous pouvez vous dire "chaque minute, je jette un seau d'eau dessus" mais ce n'est pas ça qui va l'éteindre. A un moment, il faut passer aux grands moyens. La question est : y sommes-nous résolus ? Ça veut dire une transformation assez fondamentale de la manière dont nos sociétés et économies sont organisées. Les premières alertes ont été lancées vers les années 1960-1970 et on n'a pas pris la mesure du défi. On parle bien d'une transition, donc on ne peut pas changer du jour au lendemain, néanmoins cela doit être une transition à un rythme accéléré. En réalité, la grosse résistance ne vient pas des personnes les plus fragilisées, elle vient des personnes qui profitent le plus d'un système construit sur l'exploitation de la planète et du vivant. Quand vous regardez le lobbying contre le plan climat de l'Union européenne annoncé il y a quelques semaines, d'où vient-il ? Du secteur aéronautique, automobile, du ciment… Il vient de plein de secteurs industriels, du secteur financier aussi qui ne veut pas se voir imposer des règles très fortes. La résistance la plus forte vient plutôt des détenteurs de capitaux qui se cachent derrière le consommateur en disant "vous allez toucher au pouvoir d'achat des gens". En réalité, ce qu'on va faire si on s'y prend bien, c'est toucher aux marges bénéficiaires des détenteurs de capitaux et ça, ils ne le veulent pas.

Pourtant, le dérèglement climatique touche au plus près ces dernières semaines l'Europe, la Chine, la Belgique, le Canada… Est-ce que ça peut changer les choses ?

Je me réjouis de voir que du côté de la Commission, alors que la question climatique était un grand impensé jusqu'à il y a peu, il y a quand même eu la décision de proposer un plan climat. On peut toujours discuter du degré d'ambition qui n'est pas encore suffisant, mais ce plan pourrait potentiellement vraiment faire changer les choses. Et c'était avant les événements extrêmes qu'on a eus cette dernière semaine. J'espère que le rapport de force, en particulier dans l'opinion publique, sera suffisant pour imprimer

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